Plus la connaissance est disponible, meilleur est la qualité des propriétaires de chiens. C'est pourquoi cette page informelle existe à mon site,et non dans un but lucratif. Nous espérons que par cette lecture nous serons très nombreux à comprendre le meilleur ami de l'homme!

LE FACTEUR PERSONNALITÉ.
L'IMPORTANCE DE LA PERSONNALITÉ.
PERSONNALITÉ ET GÉNÉTIQUE.
LE TEST DE PERSONNALITÉ ET D'OBÉISSANCE.
LE LANGAGE PERÇU PAR LE CHIEN.
VARIÉTÉS D'INTELLIGENCE CHEZ LES CHIENS.
AMÉLIORER L'INTELLIGENCE D'UN CHIEN.
AMÉLIORER LA PERSONNALITÉ.
MANIPULER ET MAÎTRISER.
AMÉLIORER L'INTELLIGENCE INSTINCTIVE.
L'INTELLIGENCE FLUIDE ET CRISTALLISÉE.
AUGMENTER L'INTELLIGENCE FLUIDE D'UN CHIEN.
AUGMENTER L'INTELLIGENCE CRISTALLISÉE.
L'ESPRIT DU CHIEN ET LE BONHEUR DE SON MAÎTRE.
LES ARGUMENTS POUR ET CONTRE UN CHIEN INTELLIGENT.
VIVRE AVEC UN CHIEN MOYENNEMENT INTELLIGENT.
VIVRE AVEC UN CHIEN INTELLIGENT.
VARIATIONS D'INTELLIGENCE AU FIL DE L'EXISTENCE.
SHOTGUN.


Le facteur personnalité
Comme les maîtres d'école, les éducateurs de classes d'obéissance pour chiens entendent fréquemment des phrases comme : "En fait, mon chien est assez intelligent et capable d'apprendre tout ce que l'on veut. S'il obtient les plus mauvais résultats de la classe, c'est parce que..." Suivent alors une ou deux excuses tirées de la liste qui suit : 1) apprendre ce genre de choses ne l'intéresse pas; 2) il s'ennuie vite; 3) il est trop indépendant; 4) il pense à des choses plus importantes; 5) il supporte mal les autres chiens (ou les gens, le bruit, la lumière du soleil, les murs, ou mille autres choses encore); 6) il se laisse trop facilement distraire; 7) il a été élevé pour être chasseur (ou chien de berger, de garde, de compagnie) plutôt que chien d'obéissance; 8) il est trop timide (ou trop dominant, trop inconstant, trop insouciant, trop déprimé, trop maniaque, trop paresseux, trop porté sur les chiens ou sur les gens, etc.); 9) c'est un meneur, pas un suiveur. Les raisons sont innombrables mais elles se résument en définitive à une idée : ce chien n'est pas inintelligent, simplement certains aspects de sa personnalité parasitent sa faculté d'apprentissage.
Si de telles affirmations sont souvent, pour le propriétaire d'un chien, une façon de rationaliser, de masquer son inquiétude que son animal chéri soit en fait débile mental, il y a une bonne part de vérité dans l'idée que la personnalité d'un chien intervient autant que son intelligence dans le fait qu'il réagisse ou non aux ordres donnés par des hommes et soit capable ou non de travailler pour des maîtres humains. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai séparé les considérations sur l'intelligence d'adaptation, qui reflète les facultés d'apprentissage et de résolution de problèmes, de celles sur l'intelligence de travail et d'obéissance. Bon nombre des juges d'obéissance canine auprès de qui j'ai enquêté m'ont fait remarquer l'importance de la personnalité, et le fait que celle-ci est souvent liée aux différences de sexe.
De nos jours, dans les écrits et les discussions, on tient pour grossier, sexiste et "politiquement incorrect" le fait de se référer aux différences de sexe lorsqu'on évoque le comportement, la personnalité ou l'intelligence, en particulier en ce qui concerne les humains. Et pourtant, certaines différences apparaissent clairement entre les comportements des chiens et ceux des chiennes dans les domaines de la résolution de problèmes et de l'obéissance. Physiquement, les mâles sont souvent plus grands, plus forts et se montrent plus vigoureux que les femelles. Dans certaines races, en particulier chez les dobermans et les labradors retrievers, les mâles obtiennent des résultats nettement supérieurs aux tests de résolution de problèmes. Inversement, les femelles de ces mêmes races tendent à obtenir de bien meilleurs résultats aux épreuves de travail et d'obéissance. Dans sa liste des dix meilleures races pour les compétitions d'obéissance, un des juges note en marge de l'inscription "doberman" : "Les femelles seulement, les mâles tendant à être trop butés et difficiles à contrôler."
Cela ne s'applique pas à toutes les races. Chez les terriers, en matière d'intelligence d'adaptation et d'obéissance, aucune différence n'apparaît clairement entre les mâles et les femelles, les personnalités n'étant pas non plus aussi marquées que dans certaines races de travail et de sport. Chez les chiens courants, en revanche, les différences de personnalité sont très perceptibles, les femelles étant un peu plus sociables que les mâles. Pourtant, là encore, on ne constate guère de variations dans l'intelligence mesurable ou dans les résultats des deux sexes aux épreuves d'obéissance.

L'IMPORTANCE DE LA PERSONNALITÉ
Certains juges des compétitions d'intelligence considèrent la personnalité comme l'un des principaux facteurs déterminant la performance d'un chien dans son travail. L'un d'eux écrit : "C'est la volonté du chien de travailler pour l'homme qui compte, et non son niveau d'intelligence. Si les terriers ne sont pas doués pour l'obéissance, c'est simplement parce qu'on les a élevés pour qu'ils soient indépendants. N'attachant pas grande importance aux réactions de l'homme à leur égard, ils ne se distinguent guère dans l'arène des concours d'obéissance, ce qui ne les empêche pas d'être des animaux vraiment futés. Si les chiens de berger, bergers de Shetland ou border colleys, par exemple, se débrouillent si bien, c'est parce qu'ils ont envie de travailler pour les gens et semblent perdus lorsque personne ne leur dit quoi faire."
Un autre juge d'obéissance écrit : "Le meilleur chien d'obéissance est le golden retriever. Même un golden stupide est assez malin pour arriver à comprendre ce que vous attendez de lui, et il a tellement envie de plaire qu'il s'empressera de le faire. Par ailleurs il ne s'ennuie pas facilement et ne se laisse pas distraire : c'est important aussi. Comme il n'essaie pas de comprendre ce qui se passe, il n'invente jamais de manières nouvelles de réagir et finit par faire exactement ce que vous lui aviez appris au départ."
Les éleveurs et les dresseurs se servent rarement du terme personnalité pour parler de chiens, estimant qu'il sous-entend un niveau de conscience trop élevé pour ces animaux et des caractéristiques qui seraient plutôt l'apanage des humains. Ils lui préfèrent la notion de tempérament, qu'ils considèrent un peu plus objective ou neutre.
Clarence Pfaffenberger, un des personnages clef de la mise au point de programmes de dressage et de sélection pour les chiens d'aveugles, commença dans les années quarante à s'intéresser au dressage et à la sélection de ces animaux.
À l'époque, 9% seulement des chiens qui commençaient le dressage parvenaient à boucler avec succès le programme complet. Pfaffenberger, perturbé par ce taux d'insuccès élevé, se lança dans la mise au point d'une série de tests qui se rapportaient pour la plupart à l'intelligence d'adaptation (apprentissage et résolution de problèmes), pour pouvoir prédire quel individus étaient le plus aptes à apprendre les tâches complexes d'obéissance indispensables pour pouvoir guider les aveugles. Mais il constata rapidement que l'intelligence n'était pas le seul facteur en cause : certains chiens, pourtant doués d'une intelligence satisfaisante voir excellente en matière d'apprentissage et de résolution de problèmes, n'arrivaient pas jusqu'au bout du programme. Pfaffenberger s'aperçut vite que, pour êre un bon guide, un chien doit non seulement posséder une intelligence adéquate, mais aussi une personnalité appropriée. Apparemment, certains traits de caractère permettent aux chiens d'utiliser à plein leur intelligence d'adaptation, ce qui en fait d'excellents chiens de travail et d'obéissance, alors que d'autres traits de caractère les empêchent systématiquement de parvenir au niveau où ils pourraient fonctionner utilement.

PERSONNALITÉ ET GÉNÉTIQUE
De nombreux éléments liés à la personnalité sont déterminés génétiquement. Par conséquent, on peut élever les chiens pour leur personnalité exactement comme on le fait pour d'autres aspects de leur comportement, notamment ceux qui relèvent de leur intelligence instinctive. De nombreux chiens qui jouent essentiellement un rôle d'animaux familiers ont été sélectionnés au moins autant pour leur tempérament que pour leur aspect physique. Les épagneuls, ou les chiens possédant du sang épagneuls, ont souvent été élevés pour leur douceur. Le cavalier king Charles en est un exemple extrême.
Comme je l'ai mentionné plus haut, un de mes chiens, appelé Wiz, est un cavalier king Charles. Les épagneuls nains, tels que le cavalier, sont connus en Europe et en Grande-Bretagne depuis le XVIe siècle. Leur tempérament affectueux, leur absence d'agressivité en ont fait l'une des races d'agrément favorites. On trouve des représentations de ces chiens dans les oeuvres de peintres importants comme Titien, Van Dyck, Velàzquez, Vermeer ou Hogarth (pour ne citer que ceux-là). Dans la plupart de ces oeuvres ils apparaissent comme des animaux familiers ou simplement de jolis ornements (voir illustration 18). Comme leur nom le laisse supposer, le roi Charles II d'Angleterre est en partie responsable de la vogue qu'ils ont connue. Il adorait ces animaux et les avait fait élever spécialement de façon à obtenir des animaux familiers d'une grande douceur. En contrepartie, pendant toute la durée de son règne (1660-1685), il accorda toute liberté à ces chiens d'arpenter le palais comme bon leur semblait.
Lors d'un de mes voyages en Angleterre, on m'a raconté une anecdote au sujet de ces épagneuls qui illustre à quel point Charles II aimais ses chiens. Il semblerait qu'il n'y a pas si longtemps, un gentleman anglais pénétra dans une cour de justice de Londres, accompagné de son cavalier king Charles. Il se dirigea droit vers la salle de tribunal où se jugeait l'affaire qui l'intéressait. Le juge, les voyant tous deux pénétrer dans la salle, interrompit la séance. D'une voix où perçait l'irritation, il ordonna que le chien sorte immédiatement. Son maître protesta : "Veuillez m'excuser, Votre Honneur, mais j'ai cru comprendre que tous les cavalier king Charles avaient carte blanche au Conseil privé. Je pense que l'on peut interpréter cela comme signifiant que si l'un d'entre eux se présente aux grilles de Buckingham Palace, l'entrée du palais doit lui être accordée. De surcroît, conformément aux termes d'une charte du roi Charles, qui n'a jamais été révoquée à ce jour, les cavaliers possèdent un titre royal. Ils sont dons autorisés à se montrer à la cour et ne peuvent être renvoyés d'aucun palais royal ni d'aucune fonction gouvernementale placée sous protection ou mandat de la cour. Il me semble que cela doit s'appliquer également aux tribunaux." La personne qui me racontait l'histoire m'assura que le juge, démonté, finit par autoriser le cavalier king Charles à rester dans la salle de tribunal.
Malgré l'existence d'archives donnant à penser que des membres de la noblesse gardaient des meutes de ces petits épagneuls pour le sport, j'ai un peu de mal à imaginer que ce soit vrai. Ma belle-fille, Kari, donne de ces chiens une excellente description lorsqu'elle les traite d'"éponges d'amour". Les cavaliers sont continuellement en quête d'affection, manifestent très peu d'esprit de compétition et n'ont presque aucune tendance à l'agressivité.
Le cas du cavalier king Charles n'est pas unique. Pfaffenberger a soigneusement tenu des notes tout au long de son programme systématique d'élevage de chiens d'aveugles. Le fait que chaque animal ait été testé à la fois pour sa personnalité et son intelligence fournit une occasion unique de se rendre compte si ces caractéristiques sont génétiquement programmées. Ces notes montrent qu'un grand nombre de traits de personnalité, y compris la bonne volonté à travailler pour les hommes, sont inscrits dans le patrimoine génétique. On peut prédire la personnalité d'une portée en se fondant sur celles du père et de la mère. Pfaffenberger notait la bonne volonté à travailler sur une échelle allant de 0 à 5 afin de conserver une trace de la personnalité des différents animaux. Dans un cas, par exemple, il fit couvrir une chienne nommée Gretchen (notée 4 sur son échelle) par un mâle appelé Odin (noté 5). Si les tempéraments des parents se transmettent à leurs petits, les personnalités des chiots devraient logiquement atteindre une note située entre ces deux valeurs. En effet, quand Pfaffenberger testa les six chiots, il s'aperçut que quatre d'entre eux avaient une note de 5 et que les deux autres atteignaient 4.
La composante génétique des personnalités canines explique également certaines différences régionales que l'on constate parfois au sein d'une même race. Par exemple, les dobermans et les rottweiler élevés en Amérique du Nord tendent à être de nature plus calme et à manifester une moindre propension à l'agressivité que les mêmes races élevées en Europe. Cela correspond apparemment à une tentative délibérée de la part des éleveurs nord-américains d'adoucir un peu ces races, contrairement aux éleveurs européens qui semblent sélectionner ces animaux dans ce but et attacher du prix à ce que l'on nomme parfois "un tempérament fougueux" et qui n'est, en réalité, qu'une prédisposition à l'agressivité.
Depuis les premiers travaux de Pfafenberger, d'autres se sont penchés sur l'évaluation des personnalités canines. Certains souhaitaient tester des animaux pour les particularités de personnalité qui font les meilleurs chiens policiers, de sourds, d'accompagnement de malades, etc. C'est ainsi que se sont développés un certain nombre de systèmes différents destinés à tester la personnalité des chiens... L'un des meilleurs fut conçu par Jack et Wendy Volhard dans le but de sélectionner les chiens qui correspondent au style de vie et aux besoins de leurs futurs propriétaires.
Pour le test que j'ai mis au point pour ce livre, j'ai emprunté plusieurs éléments à un certain nombre de tests déjà existants, notamment ceux de Pfaffenberger, des Volhard et de la Société des chiens de sourds. J'ai modifié leurs protocoles de notation spécifiquement pour mesurer divers facteurs de personnalité pouvant influencer l'intelligence d'obéissance et de travail des chiens. Le score obtenu au test de personnalité et d'obéissance (TP) mesure la probabilité qu'un chien montre de la bonne volonté à travailler et à obéir à un maître humain.

LE TEST DE PERSONNALITÉ ET D'OBÉISSANCE
Pour estimer l'intelligence des chiens en matière de résolution de problèmes et d'apprentissage par le biais du test de quotient intellectuel canin (QIC), il fallait que le chien soit âgé d'environ un an et qu'il ait vécu avec la personne qui lui faisait passer le test pendant trois mois environ. D'autres conditions sont requises pour le test de personnalité. tout d'abord, il vaut mieux administrer ce type de test lorsque le chien est encore assez jeune. En général, il convient d'évaluer la personnalité d'un chiot quand il a sept semaines environ - l'âge, précisement, où il peut quitter la portée et partir vivre auprès de son nouveau maître. Plus un chien vieillit, plus le test risque de refléter ce qu'il a appris plutôt que les prédispositions innées de sa personnalité. Après l'âge d'environ huit mois, plusieurs épreuves du test ne sont plus aussi concluantes. Mais même si votre chien est déjà adulte, vous pourrez toujours tirer des renseignements intéressants de cette expérience. Gardez cependant à l'esprit que certaines épreuves peuvent susciter des réactions apprises. D'autre part, il sera plus difficile de faire passer certaines épreuves ayant trait à la domination sociale à un chien plus grand.
Une autre différence importante entre le test de personnalité et celui qui mesure l'intelligence d'adaptation tient au fait que, dans ce dernier, la personne administrant le test devait obligatoirement être bien connue du chien (de préférence son maître). Certaines épreuves exigeaient aussi un décor très familier. Pour le test de personnalité, c'est exactement l'inverse qui se passe. L'examinateur doit être un parfait étranger pour le chien et les personnes familières doivent se faire très discrètes, presque invisibles, et, en tout cas, ne servir que d'assistantes. Par ailleurs, le chien ne doit pas connaître le lieu où le test se déroule et doit être libre de toute distraction. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille nécessairement renoncer à votre domicile : faites simplement passer les épreuves au chien dans une pièce qu'il n'a visitée que rarement.
Dernière différence entre les tests d'intelligence d'adaptation et celui de personnalité : le second doit être administré exactement dans l'ordre où il est présenté ici et bouclé en une seule séance, qui durera probablement une vingtaine de minutes. Pour cette raison, réunissez d'avance tout le matériel nécessaire. Il vous faudra, plus précisement, un chronomètre ou une montre munie d'une trotteuse; une boule de papier froissé, légèrement plus petite qu'une balle de tennis; une boîte de bière ou de boisson gazeuse dont vous aurez scellé l'ouverture après y avoir placé cinq ou six piécettes; un torchon noué au bout d'environ deux mètres et demi de ficelle à la manière d'une laisse; un parapluie, de préférence muni d'un mécanisme d'ouverture à ressort; quelques friandises dégageant une forte odeur (fromage, salami, foie, ou autres aliments de ce type) et deux autres, moins odorantes (biscuit pour chiens, croûte de pain, etc.); un crayon et une copie du formulaire de notation ci-après. Prévoyez également quelqu'un pour vous servir d'assistant. Si le chien vous connaît, choisissez un assistant avec lequel le chien ne soit pas familier et demandez-lui de faire passer les épreuves. N'oubliez pas qu'il est important que ce soit l'"étranger" qui administre le test.
La mise à l'épreuve doit avoir lieu à un moment de la journée où le chiot est habituellement actif et avant un repas, car les chiots ont tendance à être somnolents immédiatement après le repas d'attraction à la nourriture. Veillez aussi à ce qu'aucun événement inhabituel ne se soit produit le jour du test (visite chez le vétérinaire pour des piqûres, administration d'un vermifuge, excitation excessive) : le but recherché est d'obtenir du chiot des réactions aussi typiques que possible.

LE LANGAGE PERÇU PAR LE CHIEN
Il est, certes, très intéressant de discuter du langage des primates non humains, mais que se passe-t-il dans le cas des chiens? Les premières étapes du développement linguistique ont trait à la compréhension d'un langage plutôt qu'à sa production. La faculté de produire des sons ou des signaux pour communiquer avec autrui suit la compréhension d'un langage et constitue un niveau d'accomplissement linguistique plus élevé.
La perception du langage par les chiens est assez bonne, comme on peut en juger d'après les réactions correctes de ces animaux à des paroles. J'en donne pour exemple cette mini-compilation du vocabulaire de mes propres chiens. Chaque terme est cité, accompagné des réactions qui démontrent que l'animal a bien compris. Bien entendu, certains mots ou locutions me sont personnels. Par ailleurs, tous mes chiens ne réagissent pas également à tous les termes. Ces réactions varient suivant le niveau de dressage de chacun. Cette liste partielle que j'ai établie comprend uniquement les expressions que j'utilise délibérément pour obtenir des réactions de la part de mes chiens, et exclut celles qu'ils peuvent comprendre mais auxquelles je n'exige pas qu'ils réagissent de façon systématique.
À côté :
utilisé en promenade. Sert à obtenir qu'un chien traînard réduise la distance qui nous sépare.
À l'arrière :
sert uniquement en voiture; cete locution signifie au chien de quitter le siège avant pour s'installer sur le siège arrière.
Assis :
le chien s'assoit.
Assis haut :
le chien s'assoit sur ses membres postérieurs, ses membres antérieurs ayant quitté le sol dans la posture traditionnelle de l'animal qui mendie.
Attends :
le chien interrompt temporairement l'activité en cours, mais sans cesser de me regarder.
Au pied :
le chien marche à mon côté gauche, ou revient s'asseoir à ma gauche (qui correspond à la position au pied).
Bon chien :
il s'agit là d'un terme élogieux qui déclenche généralement un frétillement de la queue.
Bureau :
le chien rentre à la maison et va m'attendre dans mon bureau.
Câlin :
le chien saute devant moi, les membres antérieurs posés sur mes cuisses, ce qui me donne tout loisir de le caresser sans avoir à me baisser.
Calme :
cette variante ou renforcement de Reste sert pendant la toilette du chien quand on tire sur ses poils avec un démêloir ou tout autre instrument. L'ordre incite le chien à rester en place et à garder la pose malgré l'inconfort passager.
C'est bien :
indique que l'exercice est terminé, le dernier ordre donné. Incite le chien à changer de posture et à venir auprès de moi chercher son compliment.
Cherche :
le chien suit l'odeur indiquée (dans le cadre d'un exercice de poursuite).
Couché :
le chien s'allonge.
Debout :
le chien se met debout.
Dedans :
le chien franchit une porte ou une barrière ouverte dans le sens indiqué par un geste de ma main.
Dehors :
le chien sort de sa niche ou de son chenil.
Devant :
le chien ajuste sa position devant moi (sert dans le cadre du dressage à l'obéissance).
Donne :
cet ordre permet d'obtenir que le chien relâche sa pression sur l'objet qu'il tient dans la gueule, ce qui me permet de le reprendre.
Donne la patte :
le chien lève la patte la plus proche de ma main.
Donne un baiser :
le chien me lèche le visage.
Droit :
le chien s'alligne bien dans la position au pied (sert dans le cadre du dressage à l'obéissance).
En bas :
le chien descend l'escalier devant moi.
Enclos :
le chien se met à côté de l'enclos à exercices en attendant que je le place à l'intérieur.
En haut :
le chien gravit l'escalier.
Enlève le collier :
le chien baisse la tête pour me permettre de passer son collier par-dessus ses oreilles et de l'ôter.
Installe-toi :
s'accompagne généralement d'un signe de la main, cet ordre incite le chien à rester calmement à un endroit précis.
Laisse :
le chien s'éloigne de ce qu'il inspectait ou abandonne l'occupation en cours.
Laisse tomber :
le chien laisse tomber ce qu'il tenait en gueule.
Mets le collier : le chien lève la tête, pointe son museau vers le haut, et me permet ainsi d'enfiler facilement son collier. Mets la laisse :
le chien lève la tête pour me donner accès à l'anneau du collier (enlève la laisse provoque la même réaction).
Monte :
cet ordre incite le chien à sauter sur une surface indiquée.
(Nom du chien) :
chacun de mes chiens connaît son propre nom et, lorsqu'il l'entend prononcer, tourne la tête vers moi et attend l'ordre qui va suivre.
Non :
le chien s'immobilise, interrompant toute action. On nettoie les yeux :
ceci sert uniquement pour mon épagneul. Cet ordre l'incite à poser sa tête dans ma main gauche pour que je puisse accomplir le rituel du nettoyage des traces laissées par les larmes autour de ses yeux.
On s'essuie :
le chien va au milieu de la cuisine et attend que je l'essuie après une promenade sous la pluie.
On y va :
le chien me suit, mais pas forcément au pied, à ma gauche.
Où est Joannie? :
le chien se rend dans la pièce où se trouve ma femme, ou devant l'escalier si elle est à l'étage ou au sous-sol.
Où est ta balle? :
le chien va chercher sa balle.
Où est ton bâton? :
le chien va chercher son bâton.
Ouvre la gueule :
cet ordre incite le chien à ouvrir la gueule pour me permettre de lui netoyer les dents.
Pardon :
sert lorsque le chien m'empêche de passer, si par exemple il est couché en travers d'une porte. À ce mot, le chien se lève et s'écarte, au moins le temps de me laisser passer.
Petits chiens :
j'utilise ce terme à la place du nom d'un chien en particulier, lorsque je m'adresse à plus d'un animal à la fois. Chacun de mes chiens réagit à ces mots comme s'il s'agissait de son propre nom.
Prends-le :
le chien rapporte un objet qui se trouve posé devant lui par terre.
Près de moi :
ceci permet d'obtenir qu'un chien en liberté revienne, approximativement, à mon côté gauche, soit la position au pied.
Protège :
incite le chien à se placer entre moi et toute personne proche et à aboyer de façon menaçante.
Qui veut faire un tour? :
à l'extérieur, le chien court à la camionnette et attend de monter (s'il est dans la maison, il court à la porte et attend).
Qui veut manger? :
le chien court à la cuisine et se poste à l'endroit où est habituellement posé son bol.
Qui veut se promener? :
le chien va m'attendre devant la porte d'entrée.
Qui veut un biscuit? : le chien court attendre un biscuit pour chiens devant le comptoir de la cuisine.
Regarde-moi :
ceci prévient le chien qu'il doit continuer à garder l'oeil sur moi.
Tranquille :
le chien ralentit l'allure ou s'arrête pour réduire la tension sur la laisse.
Reste-là :
le chien reste en position jusqu'à ce qu'il soit autorisé à en changer.
Saute :
le chien saute par-dessus l'obstacle ou l'objet indiqué.
Silence :
le chien cesse d'aboyer.
Sur le dos :
le chien roule sur le dos pour se faire frotter le ventre.
Tourne :
le chien me contourne pour revenir à la position au pied.
Tu veux jouer? :
à ces mots, le chien se met à courir en rond, aboyer et baisser la tête avec enjouement.
Va chercher :
le chien retrouve un objet portant mon odeur parmi un groupe d'objets (fait partie d'un exercice formel d'obéissance).
Va-t'en :
le chien s'éloigne de moi dans la direction indiquée.
Va chercher le gant :
le chien va chercher un gant tombé, qu'il ne voit pas (fait partie d'un exercice formel d'obéissance).
Viens :
le chien vient s'asseoir devant moi.
Vilain chien :
il s'agit là d'une expression de mécontentement qui a généralement pour effet d'inciter le chien à un mouvement de recul et à chercher à sortir de la pièce.
Vite :
ce mot me sert de mot-déclic dans le dressage d'un chien à la propreté. Une fois assimilé, il envoie le chien en quête d'un endroit où uriner ou déféquer.

Cette liste de plus de soixante mots ou expressions n'est pas exhaustive, comme je l'ai expliqué plus haut : j'y ai regroupé uniquement les termes fréquemment utilisés et me suis abstenu de citer les mots qui produisent des réactions indépendamment de tout dressage. Le mot bain, par exemple, expédie mon cairn terrier en quête d'une bonne cachette, tandis que mon cavalier king Charles, lui, va se poster devant la porte de la salle de bain, pour y attendre, résigné, l'inévitable. Par ailleurs, je ne doute pas qu'ils réagissent aussi à d'autres mots, comme la locution classes pour chiens, mais ces réactions sont moins prévisibles. J. Paul Scott, un psychologue qui étudia intensivement les chiens lorsqu'il était directeur du Laboratoire de comportement animal de Hamilton Station, Mount Desert Island dans le Maine, avance que les chiens peuvent apprendre à distinguer plus de cent mots du langage humain courant.
Le langage que mes chiens sont capables de percevoir se complète en outre d'un certain nombre de gestes ou de signaux (équivalant au langage par signes). Certains de ces signaux peuvent simplement se substituer à des mots du langage parlé courant, tandis que d'autres fournissent une information capitale destinée à préciser un ordre oral. Il existe ainsi un signe de la main signifiant viens, deux signes distincts pour couché, et deux pour assis (selon que le chien se trouve à mon côté ou à une certaine distance devant moi), un signe de la main laispour au pied (qui veut dire marche à ma gauche), un pour reste et un autre encore qui veut dire laisse. Je dispose également de deux gestes de la main distincts pour obtenir la position au pied, selon que je souhaite que le chien fasse le tour derrière mon dos ou qu'il pirouette à ma gauche. Il y a également deux gestes pour debout, selon que le chien est en mouvement ou assis au moment où il reçoit l'ordre. J'ai aussi recours à de nombreux signes de direction : je pointe le doigt vers la droite ou la gauche; je montre dans quelle direction il faut sauter; je désigne la droite, la gauche ou le centre pour préciser quel objet doit être rapporté après avoir donné l'ordre prends-le; je montre du doigt une porte, une barrière ou une ouverture dans le cadre de l'ordre dedans ou dehors; je tapote une surface donnée pour préciser l'ordre monte; j'indique la direction où je souhaite voir courir le chien après avoir ordonné va-t-en. Il existe par ailleurs un geste pour indiquer la trace que je souhaite voir suivre au chien après l'ordre cherche, et un autre encore pour tracer la ligne imaginaire à ne pas franchir après l'ordre installe-toi.
Si je me suis concentré uniquement sur les sons et signaux émis de propos délibéré, il n'en demeure pas moins vrai que les chiens savent interpréter le langage du corps. Pour un psychologue, le terme "langage du corps" se réfère à notre façon de nous déplacer et de nous placer, et même aux expressions de notre visage qui reflètent non seulement nos diverses émotions, mais se modifient aussi dans différents contextes sociaux. Les chiens sont relativement sensibles aux nuances du langage du corps. Si vous êtes fâché, même si ce n'est pas contre votre chien, et même si vous essayez de dominer vos sentiments, vous verrez peut-être l'animal se déplacer furtivement, la queue entre les jambes, comme s'il avait quelque chose à se reprocher. Il réagit tout simplement aux signaux inconscients que vous lui envoyez. Dans les cours de dressage, on constate souvent que le chien d'un propriétaire ou d'un dresseur tendu semble ne pas très bien travailler et ne pas apprendre grand-chose - l'animal lui-même donne l'impression d'être tendu et mal à son aise. Un dicton décrit ce type de situation : "La tension descend le long de la laisse...", ce qui signifie simplement que le chien est sensible au langage insonscient du corps de son maître et qu'il y réagit. Tenter d'isoler tous les autres signaux subtils que reçoivent les chiens et auxquels ils réagissent représenterait, bien sûr, une tâche difficile. Mais en général, la faculté d'interprétation du langage du corps que possèdent les chiens doit sans doute être considérée comme un élément supplémentaire de son aptitude à communiquer.



VARIÉTÉS D'INTELLIGENCE CHEZ LES CHIENS
L'association entre les chiens et les hommes découle du fait que le chien remplit des fonctions utiles à l'homme. Certaines sont plutôt utilitaires, d'autres de nature plus psychologique ou personnelle. Parmi les fonctions utilitaires le plus communes, citons la garde et la protection des biens et des personnes (travail policier ou de chien de guerre par exemple), la chasse (pister le gibier, le faire tomber, le débusquer en creusant, le rapporter), la surveillance des troupeaux (moutons, bétail ou rennes, parfois même oies ou canards), la traction et le transport (charrettes ou traîneaux, paquets), la recherche et la découverte d'objets, de personnes ou de substances (chiens pisteurs, renifleurs de drogue, détecteurs de gaz, chercheurs de truffes), le sauvetage (récupération de personnes tombées à l'eau, enterrées sous la neige ou les décombres), et l'assistance aux handicapés (chiens d'aveugles, de sourds, de handicapés). À un niveau plus psychologique, la fonction la plus commune des chiens est celle de compagnons. Ces dernières années, cet aspect a été élargi à une utilisation plus formelle dans le cadre de thérapies préventives et curatives pour les personnes âgées, les personnes socialement isolées ou psychologiquement perturbées. Cette liste pourtant très incomplète montre combien de compétences différentes sont exigées des chiens. Certaines d'entre elles (chasser, pister ou chercher...) reflètent des aspects du comportement normal de tous les chiens sauvages et des membres de leur famille et sont donc probablement héréditaires et instinctives de nature; d'autres (savoir guider les aveugles par exemple) demandent un dressage considérable.
Peut-être la meilleur façon d'évaluer le degré et la nature de l'intelligence des chiens est-elle d'observer comment celle-ci se manifeste dans les différentes tâches qu'ils accomplissent, que ce soit pour eux-mêmes ou pour nous. L'intelligence manifeste (l'intelligence mesurable totale d'un chien) comporte trois dimensions différentes, à savoir l'intelligence d'adaptation, l'intelligence de travail et l'intelligence instinctive.

L'INTELLIGENCE INSTINCTIVE
Nous ne saurons sans doute jamais comment les chiens et les hommes ont commencé à collaborer et à former des relations personnelles. L'hypothèse la plus plausible reste cependant que ce ne sont pas les hommes qui, les premiers, aient adopté les chiens mais plutôt que ces derniers ont pris l'initiative de choisir la compagnie des hommes. Comme je l'ai expliqué plus haut, le compagnonnage entre chiens et humains débuta bien avant le développement de l'agriculture. L'homme accordant alors à l'hygiène une attention réduite, des os, des morceaux de peau et d'autres menus restes des victimes des chasses devaient sans doute traîner autour des campements humains. Très probablement, les ancêtres des chiens (toujours préoccupés de trouver de quoi se nourrir) s'aperçurent qu'en restant dans les parages des habitations humaines, ils pouvaient dénicher un morceau à grignoter ici ou là, sans se donner la peine de chasser. Et, si les hommes primitifs ne se préoccupaient guère de propreté, d'hygiène ou des questions de santé, la viande en décomposition n'en dégageait pas moins une odeur pestilentielle et attirait des insectes au voisinage désagréable. Sans doute les hommes toléraient-ils donc les chiens dans le périmètre de leurs camps afin que ceux-ci les débarrassent de leurs déchets. Cette fonction d'enlèvement des ordures se poursuivit durant d'innombrables siècles. Encore aujourd'hui, elle est assurée par les parias dans de nombreuses régions sous-développées du monde.
Par ailleurs, au moins autant que pour les chiens, la nourriture était une préoccupation constante des humains primitifs. Il est fort probable donc que l'idée ait traversé l'esprit de nos ancêtres que des chiens autour du campement pourraient servir à autre chose qu'au nettoyage et à l'enlèvement des ordures. Les chiens ne sont-ils pas après tout des êtres vivants, constitués en majeure partie de protéines, et plutôt comestibles? Nos chasseurs d'ancêtres ont sûrement dû se dire que si les temps devenaient durs et que le gros gibier se faisait rare, ils pourraient facilement trouver, tuer et avaler ces canidés qui s'étaient, fort à propos, installés si près d'eux. Les os de chiens retrouvés sur le site de certains campements de l'âge de pierre portent des coupures et parfois même des traces évoquant les dents humaines : autant d'indications que, parfois, le chien qui venait dîner servait de dîner.
Pour répugnante que puisse paraître l'idée de manger du chien à toute personne ayant été élevée dans la société occidentale, cette pratique se poursuivit longtemps après l'époque préhistorique et persiste encore de nos jours. Des gastronomes grecs et romains qui appréciaient particulièrement la chair de chien ont souvent et longuement disserté sur la meilleure façon de l'accomoder. Au Mexique, où des petits chiens comme le chihuahua ou le chien nu mexicain étaient des mets populaires, on élevait spécialement ces races pour cet usage. Les Indiens d'Amérique du Nord, eux aussi, consommaient souvent des chiens, parfois pour le plaisir, parfois par nécessité. Le peuple samoyède (dont le nom reste attaché désormais à ces magnifiques chiens blancs si populaires aux États-Unis) se servait deces chiens non seulement pour tirer les traîneaux dans l'Arctique russe mais aussi comme nourriture.
Les hommes ont souvent été acculés par le besoin à manger du chien. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, lorsque Paris était assiégé, ses habitants affamés en vinrent à manger du chien (entre autres choses). L'Anglais Henry du Pré Labouchère, journaliste radical et politicien, en visite dans cette ville, séjourna chez des relations fortunées qui avaient encore les moyens de s'offrir de la viande, même s'il ne s'agissait que de viande de chien. Il affirme que cet animal a un goût agréable et le classe ainsi : "L'épagneul, égal à l'agneau; le caniche, de loin le meilleur; le bouledogue, coriace et insipide." À Hawaii, et dans toute la Polynésie et la Micronésie, la viande de chien était non seulement hautement prisée, mais les dents, les poils et la peau de ces animaux servaient de vêtements et d'ornements. Les chiens élevés pour être mangés étaient nourris de légumes et souvent appelés chiens poï (le poï est une purée à base de racine de taro). Les chiens jeunes étaient les plus appréciés et on les faisait cuire à peu près comme des cochons (soit en plaçant des roches chaudes dans la cavité abdominale préalablement nettoyée puis en enveloppant l'ensemble dans des feuilles, soit en faisant rôtir la chair sur des braises). En 1880, des Hawaiiens formèrent une association de mangeurs de chiens à Lahainia. Ils commencèrent par capturer toutes les bêtes qu'ils trouvèrent errant sans licence, les nettoyèrent et les engraissèrent un peu. Enfin, le 11 juin, jour de la fête nationale hawaiienne, ils donnèrent une fête. Le compte rendu d'un journaliste cite un des organisateurs "Ce jour-là, on ne servira que des chiens et des patates douces."
Les Chinois tiennent toujours la viande de chow-chow pour un mets délicat. D'après une croyance populaire, les chiens à poils noirs seraient plus nutritifs et leur graisse conviendrait mieux pour la friture. Dans toute la Chine d'aujourd'hui et dans les pays voisins, on trouve de nombreux élevages de chiens, bouchers canins et restaurants spécialisés dans la viande de chien. En 1988, lors des jeux Olympiques d'été à Séoul en Corée du Sud, le gouvernement vota une loi temporaire interdisant aux restaurants de la ville de servir des plats à base de viande de chien, craignant que des menus offrant de tels plats n'offensent les visiteurs occidentaux. Cependant, peu après la fin des jeux Olympiques, sous la très forte pression de l'opinion, on put de nouveau trouver des plats de viande de chien et revoir les dépouilles de ces animaux suspendues dans les boucheries locales.
Pour ceux qui s'intéressent aux chiens uniquement en tant que nourriture, la question de leur intelligence devient caduque... Qui veut d'un plat intelligent? Ce que recherchent plutôt ces amateurs, c'est un chien qui se déplacerait lentement (ne brûlant pas trop de graisses par des exercices ou des activités vigoureuses) et ne serait pas assez futé pour rendre sa capture difficile. Quoi de surprenant, dans ces conditions, à ce que les chiens qui servent le plus souvent de nourriture puissent sans doute être considérés comme les arriérés du monde canin. Il semblerait que presque tous les visiteurs de la Polynésie et de la Micronésie ayant mentionné les chiens poï locaux dans leur écrits n'aient pas manqué de signaler leur manque d'intelligence. Par exemple, Johann Georg Adam Förster, un des naturalistes qui accompagnaient le capitaine Cook, dans son Voyage autour du monde de 1777, décrit les chiens de Polynésie et des îles de mers du Sud comme "paresseux" et "inintelligents". Plus précisément, il remarque : "Aujourd'hui, nous avons dîné pour la première fois d'une jambe (de chien) rôtie, qui avait à tel point goût de mouton qu'il eût été impossible de faire la différence entre les deux... En Nouvelle-Zélande et dans les îles tropicales des mers du Sud, les chiens sont les animaux les plus stupides, les plus ennuyeux qui se puissent imaginer, et, pour ce qui est de la sagesse, ils semblent ne posséder aucun avantage sur les moutons."
En 1967, Jack L. Throp, directeur du zoo de Honolulu, lança le projet de recréer le chien de Polynésie, qui avait complètement disparu, non seulement à cause de la pression gastronomique, mais aussi suite à des croisements avec des chiens amenés par les Européens. Le projet n'avait guère d'intérêt autre qu'historique : étant donné les descriptions des premiers explorateurs, comme Förster, il n'y a sans doute rien de surprenant à ce que la race ressuscitée n'ait jamais connu une grande popularité. Allez savoir pourquoi, ce chien apathique, stupide et ennuyeux n'eut pas l'heur de plaire, même si, au demeurant, il était peut-être délicieux à manger.

L'INTELLIGENCE D'ADAPTATION
Si l'intelligence instinctive d'un chien détermine quels aptitudes et comportements sont programmés d'avance dans son code génétique, l'intelligence d'adaptation se rapporte quant à elle aux connaissances, aptitudes et compétences qu'il pourra acquérir au long de sa vie. L'intelligence d'adaptation du chien se décompose en deux éléments principaux. Le premier, la faculté d'apprentissage, détermine à quelle allure le chien est capable d'acquérir de nouvelles associations. Les modes d'apprentissage sont nombreux et divers. L'apprentissage par observation, fortuit, naturel, permet à certaines associations de se former entre conditions et conséquences, sans demander de participation directe de la part de celui qui observe. Un chien apprend par exemple à associer le fait que son maître se dirige vers le réfrigérateur avec l'éventualité de l'apparition imminente de quelque chose à manger; il anticipe sur la possibilité de cet événement en rentrant dans la cuisine et en y manifestant sa présence. L'apprentissage de l 'environnement a trait à l'acquisition par le chien d'une sorte de carte mentale ou de représentation de son environnement immédiat : situation d'objets familiers, localisation habituelle de telle personne ou telle activité. Par l'apprentissage social le chien apprend à réagir à des signaux affectifs ou sociaux, qu'ils soient émis par des hommes ou par des chiens. La compréhension linguistique suppose l'aptitude à assimiler les signaux oraux dont se servent les hommes.
L'apprentissage des tâches, enfin, implique une participation active de la part du chien qui doit souvent procéder par tâtonnements. Il aboutit en définitive à ce que l'animal réagisse à des signaux particuliers qui lui vaudront éventuellement une récompense. Le chien qui réagit correctement à l'ordre assis et se voit récompensé d'une caresse ou de quelque friandise constitue une illustration simple de ce type d'apprentissage.
L'aptitude à mémoriser est directement liée aux différentes dimensions de l'apprentissage. De même que la vitesse et l'efficacité de l'apprentissage varient d'un individu à l'autre, l'aptitude de celui-ci à mémoriser à court et à long terme varie également. La mémoire à court terme est la première étape essentielle de tout traitement de l'information. Il vous est certainement déjà arrivé de demander un numéro aux renseignements téléphoniques et de le composer aussitôt : ce numéro était stocké dans votre mémoire à court terme. Pour peu que vous soyez tombé sur la tonalité "occupé" et que vous ayez raccroché et recomposé le numéro, vous avez pu vous apercevoir que le numéro était perdu. Les quelque trente secondes écoulées entre le moment où le numéro vous a été communiqué et celui où vous l'avez composé pour la deuxième fois ont suffi à l'effacer de votre mémoire à court terme.
La mémoire à long terme concerne la capacité à peu près illimitée de stockage des informations qui permet d'acquérir des connaissances plus ou moins permanentes. Des psychologues ont montré que l'on a plus de cinquante pour cent de chances de se souvenir un mois plus tard d'une information qui a pu être conservée en mémoire pendant cinq minutes et environ quarante pour cent de chances de s'en souvenir au bout d'un an.
Après la faculté d'apprentissage, la seconde dimension importante de l'intelligence d'adaptation est la faculté de résoudre les problèmes ou de trouver la bonne solution, celle qui permet à un individu de contourner l'obstacle physique ou conceptuel bloquant l'accès à une récompense. Cette faculté comporte deux aspects. Le premier se rapporte à la capacité de préméditer et de sélectionner les comportements pouvant conduire à la solution; le deuxième à la faculté de se rappeler d'autres stratégies et informations glanées dans diverses autres situations de résolution de problèmes pour les appliquer aux circonstances du moment.
Si la race d'un chien constitue le plus souvent un bon indicateur de la nature de son intelligence instinctive, l'intelligence d'adaptation est beaucoup plus individualisée. Élever des chiens pour leur haute intelligence d'adaptation est nettement plus difficile que de les élever pour un faisceau précis de prédispositions comportementales. C'est pourquoi la meilleure façon de déterminer l'intelligence d'adaptation d'un chien particulier consiste à le tester. Pour faire ce test, il n'est nul besoin de passer par un laboratoire ou par un professionnel. Mais, si l'on souhaite obtenir des résultats concluants, il convient toutefois de l'administrer avec soin.
J'ai conçu ce test de quotient intellectuel canin (QIC) pour ceux qui souhaitent mettre l'intelligence d'adaptation de leur chien à l'épreuve. Il comporte douze problèmes ou sous-tests couvrant le large éventail de l'intelligence d'adaptation de ces animaux. Cinq d'entre eux mesurent leur faculté de résoudre les problèmes, les sept autres s'intéressant à l'apprentissage et à la mémoire. Les uns, comme le test 1, peuvent sembler presque trop faciles pour certains chiens (vous devrez me croire sur parole, il est des chiens pour qui il présente de grandes difficultés), la plupart des autres sont un peu plus difficiles. Tous les tests se fondent sur des méthodes officielles de tests conduits en laboratoire ou sur le terrain, modifiées de manière à être relativement faciles à administrer et nécessitant un équipement minimum.

AMÉLIORER L'INTELLIGENCE D'UN CHIEN
Comme celle des humains, l'intelligence des chiens n'est pas fixe mais susceptible, au contraire, d'être influencée par l'éducation et les circonstances de la vie. Chacune des quatre principales dimensions de l'intelligence manifeste, à savoir l'intelligence instinctive, l'intelligence d'adaptation, l'intelligence d'obéissance et de travail et la personalité, peut-être améliorée. La plupart des techniques citées dans ce chapitre donnent de meilleurs résultats avec de jeunes chiens (quoiqu'un animal adolescent ou jeune adulte puisse, lui aussi, bien réagir à certaines d'entre elles), et elles doivent être dans l'ensemble appliquées aussitôt le chien installé chez vous.

AMÉLIORER LA PERSONNALITÉ
Deux aspects de la personnalité du chien jouent un rôle important dans son intelligence de travail et d'obéissance. Le premier se rapporte à l'orientation du chien à l'égard de l'homme, plus précisément à l'attention que porte ou non l'animal à ce que font les hommes et son éventuelle prédisposition à se lier avec eux. Le deuxième aspect tient à la disposition du chien à reconnaître l'autorité de l'homme ou, au contraire, à se battre pour conserver le rôle dominant et la maîtrise de la situation.
Si l'on désire façonner la personnalité d'un chien, il vaut mieux commencer lorsqu'il est très jeune. En soumettant son nouveau chien aux expériences appropriées à certaines périodes critiques de sa vie, on peut réellement modeler son caractère de telle manière qu'il dispose par la suite d'un bon terrain pour les exigences du travail et de l'obéissance. Pour le propriétaire moyen, la période critique se situe entre sept et douze semaines.
Un chiot doit rester environ sept semaines avec sa portée. Pendant ce temps, il développe son identité de chien, apprend à reconnaître les autres chiens en tant qu'objets sociaux, et maîtrise les comportements fondamentaux indispensables aux rapports avec d'autres membres de l'espèce canine. Les contacts sociaux durant cette période sont importants; si la portée est réduite (limitée, par exemple, à un ou deux petits), il faudra peut-être les multiplier artificiellement. Autrement dit, il faut présenter au chiot des chiens (non agressifs) pour lui permettre de multiplier les contacts avec d'autres animaux et contrebalancer ainsi l'isolement social relatif dû à la petite taille de la portée. Si vous n'avez pas accès à d'autres chiens, diverses observations tendent à indiquer que le contact humain peut aider, sous forme d'un ou de deux épisodes ludiques par jour au cours desquels le chien sera caressé et frotté et où on lui parlera.
Le moment optimum pour retirer un chiot de sa portée et le placer dans son nouveau foyer se situe à sept semaines. Pendant les cinq semaines qui suivent, si l'on fournit au chiot de nombreuses occasions de contacts et de relations avec des hommes, il finira par reconnaître les êtres humains comme des membres de la meute. Cette reconnaissance permet aux chiens d'entretenir de bonnes relations avec les hommes. Les chiots qui manquent de contacts humains et n'ont pas assez de relations les uns avec les autres durant cette période deviennent en grandissant des animaux difficiles. Ils ne prêtent aucune attention aux ordres de leur maître et obtiennent dans le travail et l'obéissance des résultats souvent médiocres.
C'est en exposant le chien aux gens avec lesquels il sera appelé à vivre que l'on crée les liens sociaux les plus forts et les plus durables. En cas d'impossibilité, un contact quotidien par le biais du jeu servira au moins à établir dans le psychisme du chien l'importance des êtres humains. Les sentiments positifs qui se développent à ces moments peuvent généralement être transférés avec succès sur un nouveau maître.
Même quand l'animal n'est plus un chiot, il existe des moyens pratiques permettant d'améliorer certains aspects de sa personnalité. Il n'est jusqu'au chien naturellement dominant (celui qui a eu une majorité de marques dans la colonne A au test TPO) qui ne finisse par se soumettre systématiquement et avec plaisir à l'autorité et au contrôle de l'homme. L'âge n'en demeure pas moins un facteur important et les démarches à accomplir doivent être lancées aussitôt que possible dans la vie du chien. Par ailleurs, les exercices dont il sera question doivent être répétés, au moins de temps en temps, tout au long de la vie de l'animal. Ils forment la base d'un programme de modifications du comportement grâce auquel vous pourrez avoir un chien qui présente l'éventail le plus désirable qui soit de traits de personnalité.
Toucher : loin de la simple caresse que nous administrons au chien pour son plaisir ou le nôtre, il s'agit plutôt d'un toucher systématique du corps tout entier de l'animal. Il imite la façon dont la chienne lèche et touche ses chiots. Ce comportement contribue à établir entre eux un lien affectif mais constitue aussi une expression de la domination et du contrôle qu'elle exerce sur sa progéniture (voir illustration 19). Ce contact garde tout son sens à l'âge adulte : parmi les chiens sauvages et les loups, un membre dominant de la meute, par exemple le chef, peut frotter du museau, renifler ou toucher à sa guise tout membre de la meute de statut inférieur. Le fait d'accepter ce traitement signifie pour les autres animaux du groupe qu'ils reconnaissent l'autorité du chien dominant. Mais, ces attouchements établissent aussi un lien affectif positif entre le "toucheur" et le "touché".
Veillez à toucher systématiquement votre chien presque tous les jours et à ce que chacun dans la famille, et surtout les enfants, apprenne ce rituel. La marche à suivre est simple : tout en parlant d'une voix apaisante en répétant souvent le nom du chien, faites-le asseoir devant vous. Prenez sa tête dans vos mains. Caressez des deux mains ses oreilles, son cou et son museau tout en regardant le chien dans les yeux. Ensuite, glissez vos mains le long du cou, du dos et des flancs du chien. Passez-les ensuite légèrement sur sa poitrine avant de suivre ses membres antérieurs jusqu'au sol. Si le chien est assis, relevez-le gentiment et frottez doucement son ventre et son dos, puis passez les mains le long des membres postérieurs, de haut en bas, jusqu'au bout des orteils. Enfin, passez les doigts d'un geste vif et léger le long de sa queue (ou de sa région, si celle-ci est écourtée). Enfin, prenez une dernière fois la tête du chien entre vos mains pendant un instant en prononçant son nom d'une voix qui exprime le contentement. L'exercice ne dure que trente secondes à une minute du début à la fin et votre chien sera certainement ravi de l'attention dont il fait l'objet.
Cette habitude offre en outre un avantage supplémentaire : en touchant votre chien de façon systématique et régulière, vous apprendrez à bien connaître sa morphologie. Vous remarquerez ainsi immédiatement toute protubérance anormale ou région douloureuse. Mon cairn terrier doit sa vie au fait que j'aie repéré une bosse suffisamment tôt pour la faire remarquer au vétérinaire, lequel a pu la retirer avant qu'elle ne gagne du terrain et ne provoque des dégâts irréparables.
Le toilettage, qui suppose le même genre de toucher systématique, peut représenter une alternative à ce système. Le brossage est une forme plus vigoureuse de toucher et met davantage l'accent sur la domination de celui qui l'administre. De plus, il offre l'avantage d'améliorer l'aspect du chien et d'éviter que la maison ne soit trop envahie de poils (si votre chien est du genre à les perdre). Il suffit de veiller à parler à l'animal pendant toute la toilette, en prononçant souvent son nom.

Manipuler et maîtriser :
pour mieux asseoir votre domination et votre autorité, il vous faut régulièrement et délibérément manipuler et maîtriser votre chien en le plaçant dans une position qui, chez les canidés sauvages, exprime la soumission à l'autorité d'un membre dominant de la meute. Si vous commencez lorsque le chien est encore tout petit vous rencontrerez peu de résistance et votre chien acceptera volontiers cette marque de votre rang supérieur. Si votre chien est déjà adulte, vous aurez peut-être besoin d'avoir la main plus ferme.
Il suffit de maîtriser périodiquement votre animal de certaines façons pendant une minute ou deux. En lui parlant doucement, maintenez sa gueule fermée durant quelques secondes, puis poussez-le pour le placer sur le flanc et maintenez-le dans cette position pendant environ une minute. Si le chien ne lève pas les pattes de lui-même, faites-les-lui lever pour qu'il adopte une position plus soumise, ou roulez-le sur le dos afin qu'il se retrouve les pattes en l'air. Ce faisant, plongez votre regard directement dans ses yeux. Aussitôt qu'il détourne le regard, mettez fin à l'exercice et jouez un peu avec lui jusqu'à ce qu'il remue la queue (les chiens dominants tendent à regarder fixement et de haut les chiens de statut inférieur, et ceux-ci marquent leur soumission à cette autorité en détournant le regard).
À l'occasion, vous devrez attirer doucement le chien vers vous par la peau du dos ou celle sur le côté du cou. Si le chien est petit, il suffit de le soulever pendant quinze à vingt secondes. Ces gestes simples constituent une imitation de la façon dont la chienne manipule et conrôle ses jeunes chiots.
Faire respecter la hiérarchie de la bande : un certain nombre de comportements sont caractéristiques du chef de la bande et de ses suivants. Le chef a droit au premier choix de toutes les nourritures, il peut dormir où il veut, franchir toute ouverture ou rentrer dans tout nouveau territoire le premier et réclamer l'attention à tout instant. Si votre chien vous accepte en tant que chef de bande, il en deviendra un membre heureux - fût-il inférieur -, et acceptera de bien meilleur gré vos ordres et votre contrôle. Renforcez votre autorité en vous octroyant les prérogatives d'un chef de bande.
En tant que chef de bande, vous ne devrez jamais laisser le chien se précipiter devant vous pour franchir le premier la porte d'entrée ou la grille. Quand le chien est allongé dans son coin favori, forcez-le parfois à se déplacer. Pour ma part, je me contente de dire : "Pardon" et d'obliger mon chien à se déplacer de quelques mètres. Au bout d'un moment "pardon" finit par prendre pour le chien la signification "déplace-toi". Aussitôt que le chien s'est soumis volontairement, félicitez-le et laissez-le retourner à sa place s'il le désire. Vous devez aussi de temps en temps retirer au chien un objet ou de la nourriture (il vaut mieux commencer quand le chien est encore un chiot, lorsqu'il a moins de chances de se montrer agressif et que son agressivité est plus facile à maîtriser). Aussitôt après, félicitez-le d'être resté calme puis rendez-lui l'objet ou donnez-lui un peu de nourriture en plus. Enfin le chien ne devrait pas être autorisé à exiger l'attention par caprice en donnant des coups de patte, en aboyant ou en posant ses pattes sur vous. Si le chien se comporte ainsi, veillez à le maîtriser silencieusement en le faisant rouler sur le dos ou sur le côté et en le fixant momentanément dans les yeux.
Exercices d'attention et de soumission : les exercices précédents ont été conçus pour modifier les comportements dominants d'un chien. Ceux qui suivent sont destinés à modeler l'attention que l'animal porte aux êtres humains et à l'obliger à accepter leur autorité. La première étape à franchir dans la maîtrise d'un chien consiste à lui apprendre son nom. C'est la raison pour laquelle vous devez inlassablement le répéter en accomplissant les exercices décrits ci-dessus. En fait, à chaque fois que vous caressez le chien, le nourrissez, le saluez, ou que vous avez le moindre contact avec lui, vous devez commencer par dire son nom. Si vous prenez cette habitude, le nom du chien en viendra à signifier pour lui : "Un événement me concernant est sur le point de se produire." Ainsi, très vite, l'animal finira par vous regarder à chaque fois que son nom est prononcé.
De tous les ordres qu'il est utile d'apprendre à un chien, le plus important reste sans doute assis. Il aboutit à ce que le chien, interrompant volontairement toute activité, vienne se placer dans cette position qui constitue un point de départ commode pour d'autres activités. Enseigner cet ordre à un chiot est aussi très gratifiant car il l'apprend presque automatiquement. Il suffit d'agiter un morceau de nourriture une ou deux fois devant le chien, et de prononcer ensuite le nom de l'animal suivi de l'ordre assis. Au même moment, la main qui tient la friandise doit être tenue au-dessus et légèrement en arrière de la tête du chiot. Dans ces conditions, la plupart des chiens s'assoient spontanément, cette posture leur permettant de continuer à suivre la main des yeux. Si le chiot ne s'assied pas, pliez doucement ses pattes postérieures sous son arrière-train pour lui faire adopter la position assise. Qu'il ait agi spontanément ou non, aussitôt que le chien est assis, donnez-lui la nourriture convoitée et félicitez-le. Répétez ensuite l'enchaînement la main vide : nom du chien suivi de l'ordre assis en plaçant votre main au-dessus et légèrement en arrière de la tête de l'animal. Quand le chien est assis, félicitez-le encore et offrez-lui une friandise. Au bout d'un dizaine de répétitions, quand vous êtes assuré qu'obéissant à l'ordre oral accompagné du geste, le chien s'assoira, le moment est sans doute venu de renoncer au geste. Le chien doit alors commencer à réagir au seul ordre oral.
À partir du moment où l'ordre assis est assimilé, on peut se fonder dessus pour instiller l'habitude au chien d'obéir à d'autres ordres. Dans cette optique, ne lui donnez jamais rien sans contrepartie : avant de le nourrir, obligez-le à s'asseoir; avant une caresse, obligez-le à s'asseoir, agissez de même avant de l'autoriser à franchir la porte, etc. Plus tard, quand le chien aura assimilé d'autres ordres qu'assis, vous pourrez varier les ordres auxquels vous lui demanderez d'obtempérer avant de lui accorder ce qu'il désire. En fait ce qu'apprend le chien de cette manière, c'est qu'il doit d'abord vous obéir à vous, son chef, et qu'alors seulement il obtiendra ce qu'il veut.
Le chien doit sentir que vous avez toujours barre sur lui. Pour cette raison, vous ne devez jamais rien demander au chien que vous ne soyez certain qu'il accomplisse bel et bien. Bien entendu, un chien dressé se conformera généralement à vos ordres, mais avant d'en arriver là, quelqu'un, vous ou toute autre personne, doit être en mesure de faire respecter l'ordre. Par exemple, ne dites pas couché à votre chien à moins d'être suffisamment proche de lui pour l'obliger physiquement à adopter cette position. De même, à moins d'être sûr de sa réaction, n'appelez pas le chien s'il n'est pas tenu en laisse. Cettre précaution vous permettra de le ramener à vous, comme un poisson ferré, s'il ne réagit pas rapidement de lui-même. L'idée qui sous-tend ces conseils est de faire comprendre au chien que les ordres que vous lui donnez ne sont pas des requêtes, des supplications ou la première étape d'une négociation, mais plutôt des instructions auxquelles il doit se conformer car elles seront appliquées de force s'il n'y répond pas. En même temps, à chaque fois que votre chien obéit (même si vous avez dû l'y contraindre), il faut le féliciter ou le récompenser. L'animal finit ainsi par associer le fait de travailler pour vous avec des conséquences plaisantes pour lui. N'oubliez pas de ne jamais laisser le chien se placer dans des situations où il a de fortes chances de mal se conduire ou de vous désobéir.
Une fois que vous aurez appris à votre chien quelques commandements de base, ceux-ci doivent faire l'objet de répétitions régulières (sans que l'animal puisse prévoir à quel moment elles se produiront). Pendant la promenade, demandez à votre chien de venir à vous et de s'asseoir. Quand vous regardez la télévision, faites-le asseoir ou se coucher. Ces répétitions au hasard sont importantes, non seulement comme exercice pour lui permettre de bien assimiler les ordres, mais aussi pour donner plus de force à l'idée que le chien doit faire attention à vous et suivre vos instructions sans les remettre en question.
Comme je l'ai déjà signalé, modifier la personnalité d'un chien de façon à réduire ses comportements dominants et augmenter l'attention qu'il vous porte et sa soumission à vos exigences constitue une tâche plus facile lorsqu'il est jeune. Cependant, les mêmes procédés peuvent se révéler efficaces avec des chiens plus âgés. Prenons le cas de Bradley, un labrador retriever jaune qui a débarqué un beau jour dans mon cours d'obéissance, traînant derrière lui sa maîtresse. Bradley était un bel animal, mais ne prêtait pratiquement aucune attention à elle pas plus qu'à son mari : il passait tout le cours à se débattre au bout de sa laisse, tirant, aboyant et menaçant tout ce qui l'approchait de trop près. À la fin de cette première leçon, j'ai pris le couple à part. J'ai découvert ainsi que Bradley était le rescapé d'un foyer pour animaux. Il avait environ quantre ans, et ses maîtres ne savaient rien de l'éducation qu'il avait reçue. Depuis près de trois mois qu'il vivait avec eux, il manifestait ce comportement dominant, refusant de se conformer même aux ordres les plus simples. Je suis sûr que, chez lui, le TPO aurait donné un résultat de marques presque systématiques dans la colonne A, indiquant l'agressivité et la domination.
J'ai informé le couple qu'il allait devoir modifier certains aspects de la personnalité de Bradley s'il souhaitait le contrôler. Si leur chien ne respectait pas leur autorité, le dressage à l'obéissance serait pour eux une perte de temps et d'argent. Ma toute première démarche a été de montrer au couple comment placer Bradley au sol. Il faut pour cela s'agenouiller à côté du chien debout, attraper les membres postérieurs et antérieurs les plus proches de soi en passant par-dessus son dos et sous son corps, et tirer ceux-ci vers l'extérieur (loin de soi). Cette manipulation provoque la chute du chien qui se retrouve sur le flanc, membres dirigés à l'opposé de la personne exécutant la manoeuvre. J'ai demandé aux propriétaires de Bradley de lui faire adopter cette position et de l'empêcher de se relever (même si, pour y parvenir, il fallait s'asseoir dessus), et ce, deux fois par jour pendant cinq minutes minimum. Ils devaient aussi pratiquer deux fois par jour l'exercice du toucher décrit plus haut. Par ailleurs, avant d'avoir droit à son repas, Bradley devait obéir à l'ordre assis, même s'il fallait le forcer physiquement à adopter cette position.
Ce régime se poursuivit deux semaines durant. Pendant ce temps Bradley apprit à répondre à couché, le commandement de base de l'obéissance. Même après que cet ordre eut cessé de susciter une résistance à la maison, obtenir que Bradley se couche en présence d'autres chiens et personnes continuait de relever de l'exploit. Au début, ses maîtres étaient obligés de marcher sur sa laisse pour le maintenir dans cette position. La résistance à cet ordre n'est pas rare chez les chiens dominants - n'oubliez pas que le fait de se coucher équivaut à un acte de soumission. C'est d'ailleurs précisément la raison pour laquelle il est important d'obtenir que ce type de chien obéisse à cet ordre. Dès l'instant où un chien a compris la signification de l'injonction couché, le fait de répéter cet ordre devient une réaffirmation de l'autorité humaine en même temps qu'un moyen commode de faire cesser toute autre activité. Pour cette raison, les maître de Bradley lui demandaient de se coucher à des moments au hasard, en promenade ou dans la maison. Il ne restait généralement que très peu de temps dans cette position, mais de temps en temps, ils exigeaient de Bradley qu'il tienne la pose pendant une minute entière. S'il refusait d'obtempérer, un de ses maîtres le faisait rouler sur le flanc et le fixait dans les yeux pendant une quinzaine de secondes. S'il s'élançait brutalement en avant ou aboyait en voyant un autre chien ou un passant, il était aussitôt contraint de se coucher.
À la fin de la quatrième semaine, des changements dans le comportement de Bradley apparaissaient déjà clairement. Il regardait ses maîtres quand ceux-ci lui adressaient la parole et paraissait avoir une meilleure maîtrise de soi pendant les classes d'obéissance. Au bout des dix semaines que dure normalement une classe, ses maîtres se déclaraient émerveillés devant leur nouveau chien.
Soulignons quand même que, particulièrement chez les chiens adultes, tous ne réagissent pas aussi vite ni aussi bien qu'un Bradley. Il s'agit, après tout, d'un labrador retriever, une race brillante et spontanément capable de bonnes réactions. Établir domination et contrôle, capter l'attention d'un terrier adulte constitue un pari autrement plus difficile, et il faudrait compter trois mois ou plus avant de constater un progrès (au lieu des quatre semaines nécessaires au changement de personnalité de Bradley). Cependant, le jeu en vaut toujours la chandelle car pour exercer un contrôle sur le comportement d'un chien, il faut d'abord capter son attention, puis s'assurer sa complaisance et sa bonne volonté.
Établir sa domination sur un chien naturellement soumis, ayant beaucoup de marques dans la colonne S au TPO, demandera moins d'efforts. Néanmoins, un chien de ce type bénéficiera des exercices de toucher et de toilettage qui consolideront ses liens avec son maître. Un chien plutôt soumis tirera aussi beaucoup de profit des exercices d'attention et de soumission. En effet, le fait de concentrer son attention sur son maître le distraira de son propre état affectif (souvent apeuré). En cultivant systématiquement l'attention et la soumission d'un tel chien, on l'aide à gagner en assurance. Un dressage systématique contribue aussi à rassurer les chiens peureux en leur apprenant comment réagir et à qui. Ce qui est prévisible n'est pas dangereux, et ces chiens recherchent la sûreté et la sécurité.

AMÉLIORER L'INTELLIGENCE INSTINCTIVE
Cette forme d'intelligence sera la plusdifficile à influencer car elle met en jeu des prédispositions génétiques. Les éleveurs de chiens peuvent évidemment exercer une influence sur l'intelligence instinctive des générations à venir en procédant à une sélection des aptitudes et tempéraments des futurs géniteurs. Mais la plupart des gens se contentent, eux, d'acheter leur chien chez l'éleveur et doivent vivre au présent. Néanmoins, même si le propriétaire d'un animal d'agrément n'est pas en mesure d'influer sur son intelligence instinctive, rien ne l'empêche de bien connaître les conséquences de celle-ci. À l'évidence, si un chien est issu de parents ayant tous deux remporté des prix d'obéissance, ces exploits donnent une idée du potentiel génétique du chiot en matière d'intelligence de travail et d'obéissance. Cela indique aussi que l'éleveur attache de l'importance au tempérament, à la personnalité, aux performances des animaux et pas seulement à leur aspect physique. Et pour ce qui concerne les races de travail et de sport, des géniteurs ayant gagné des certificats sur le terrain ou des prix de travail sont un meilleur pari si l'on désire un chiot ayant des dons innés pour chasser ou pour rapporter.
Quel que soit le type de comportement qui caractérise un chien du fait de son patrimoine génétique, on dispose généralement d'une relative latitude pour modifier ces comportements dans une certaine mesure, bien que certains changements de l'intelligence instinctive soient plus faciles à obtenir que d'autres. Le succès relatif dépend de la race et de la nature du changement que vous souhaitez opérer. Par exemple, rendre plus active une race qui l'est déjà au départ est plus facile que de rendre plus active une race placide. Réciproquement, rendre encore plus calme une race normalement flegmatique sera plus facile que de rendre plus calme un chien agité. On rendra facilement plus sociable encore un chien qui l'est déjà éminemment (comme par exemple un beagle, un cocker ou un golden retriever), au point d'obtenir qu'il tolère ou prenne plaisir à des foules de gens et à un contact humain intense. Parvenir au même résultat avec des races génétiquement plus solitaires, lévriers afghans, chihuahuas, chows-chows ou schipperke, peut se révéler nettement plus ardu. Ces chiens ont souvent tendance à se montrer irritables, craintifs, voire agressifs s'ils se retrouvent entourés d'une foule de gens ou exposés à une attention sociale soutenue de la part d'étrangers. Pour dire les choses plus simplement, modifier une race dans un sens qui tende à renforcer ses prédispositions instinctives ne réclame que peu ou pas d'efforts, tandis que la modifier dans un sens contraire à ses tendances naturelles peut réclamer un effort beaucoup plus intense.
Des problèmes surviennent aussi lorsque les gens négligent de tenir compte des modèles d'intelligence instinctive de leurs chiens. Tous les chiens, en mûrissant, évoluent dans le sens de la destination fondamentale de leur race, à moins qu'une série d'expériences extrêmes ou un dressage très concerté ne vienne contrecarrer ces tendances. Le fait de connaître l'intelligence instinctive de la race et les éléments qui déclenchent des comportements particuliers, génétiquement programmés, pourra faciliter la mise au point des conditions de dressage optimales pour votre chien. Il vaut mieux tâcher de trouver un cadre permettant d'éviter les stimuli qui déclenchent les comportements hérités.
Par exemple, les chiens courants à vue ont tendance à poursuivre tout ce qui bouge. Autrement dit, si vous tentez de dresser votre lévrier anglais, whippet, saluki ou lévrier afghan dans un lieu très fréquenté, comme un parc où courent des enfants et d'autres chiens, vous vous rendez simplement la tâche plus difficile. Si vous n'avez pas d'autre choix que de dresser à l'extérieur, choisissez de préférence un terrain ou une cour relativement vide. Une pièce calme fonctionnera encore mieux car elle n'offre au chien aucun horizon à scruter. En éliminant toute possibilité de distraction visuelle, vous permettez à votre chien d'accorder son attention pleine et entière à votre personne et au dressage auquel vous le soumettez. Inversement, plutôt que de dépendre uniquement des commandes vocales, profitez de la réactivité de ces races aux stimulations visuelles en gesticulant de façon marquée durant l'entraînement.
Les chiens courants pisteurs, beagles, saint-hubert ou bassets réagissent relativement peu aux stimulations visuelles, mais se laissent facilement distraire par les odeurs, en particulier celles du bétail, d'animaux sauvages ou d'autres chiens. En conséquence, le dressage de ces races se passe mieux et ils apprennent plus vite si le travail se déroule à l'intérieur ou dans un lieu pavé et régulièrement balayé ou passé au tuyau d'arrosage. Ces chiens peuvent se montrer complètement distraits si l'on tente de les dresser dans une grange, une cour de ferme ou un lieu fréquemment traversé par d'autres chiens ou dans un champ où paissent des chevaux, du bétail ou parcouru par les oiseaux et le gibier. Pour ces chiens, il suffit d'une seule distraction pour perdre tout le bénéfice d'une séance complète de dressage : ils tendent alors à concentrer toute leur attention sur leur nez. (Certains dresseurs affirment pouvoir éviter ces distractions en enduisant le nez de l'animal d'un peu de pommade capillaire, de gel de bain ou de crème parfumée, l'odeur du produit étant censée masquer un certain nombre de senteurs naturelles susceptibles de le distraire). Ces chiens ont parfois du mal à apprendre les signaux gestuels : la truffe toujours rivée au sol, il leur arrive de ne pas regarder leur maître du tout. L'utilisation de commandes vocales pendant le dressage est bien préférable pour ce qui les concerne.
Quant aux terriers, il se laissent facilement distraire par de petits animaux courant près d'eux ou des lumières ou des ombres se déplaçant au ras du sol : ces facteurs tendent tous à déclencher leurs prédispositions pour la chasse. Par conséquent, les meilleurs terrains d'entraînement pour ces races ne sont pas ceux où des zones vivement éclairées sont traversées par des ombres mouvantes (comme celles que projette un arbre par une journée ventée et ensoleillée). Il vaut souvent mieux choisir des jours de faible ensoleillement ou des lieux couverts pour les dresser. Un coin très fréquenté par les mouches, les abeilles ou d'autres insectes peut aussi inspirer au terrier des réflexes de saisie, de coups de dents pouvant interférer avec son apprentissage. Par ailleurs les méthodes de dressage à l'obéissance où une performance correcte du chien est récompensée par un jeu vigoureux ne sont pas non plus adaptées à ces chiens : plusieurs variétés de terriers se laissent très facilement submerger par l'excitation, ce qui rend moins probable qu'elles accordent une attention soutenue aux instructions à venir. On obtient, semble-t-il, de meilleurs résultats avec les terriers en optant une méthode calme et tranquille, avec caresses en douceur ou récompenses alimentaires à l'appui, plutôt que par un jeu exubérant.
À mes débuts dans le dressage de chiens, j'avais une monitrice qui s'appelait Emme Jilg et qui possédait un merveilleux caniche nain nommé April. Un soir, une étudiante de sa classe lui demanda comment s'y prendre pour améliorer l'attention de son chien pendant les séances de dressage. Emma montra quelques techniques, puis se servit d'April pour démontrer ce qu'elle entendait par "attention concentrée". Elle commença par ordonner à sa chienne : "Regarde-moi", puis invita la classe à essayer de l'appeler. Les douze participants à la classe la hélèrent d'un ton enjoué ou enjôleur, gesticulèrent, agitèrent des bouts de nourriture, et se comportèrent de diverses façons bizarres ou clownesques. L'élégant petit caniche resta immobile, son regard attentif rivé sur Emma. Quand la classe eut constaté que ses bouffonneries ne menaient à rien, Emma déclara : "Ce genre d'exercice d'attention concentrée devrait pouvoir marcher avec n'importe quel chien". Sur ces entrefaites, elle s'approcha de moi et de mon cairn terrier, Flint, qui n'avait pas cessé de faire des bonds, très excité, pendant toutes ces gesticulations. Elle m'entoura l'épaule du bras en disant : "Bien entendu, ce sera plus dur pour le propriétaire d'un terrier. Les terriers sont vraiment trop curieux de tout pour s'asseoir tranquillement et concentrer leur attention sur une seule personne". Au même instant, nous avons tous deux regardé Flint à nos pieds. Mon chien, qui était pourtant censé avoir reçu l'ordre de rester assis, faisait tout son possible pour capter l'attention d'April, plongé dans une courbette d'invite au jeu agrémentée de jappement vifs.
Pour dresser la plupart des races sportives, il vaut mieux choisir des lieux où les oiseaux ne sont pas susceptibles de se réunir : un jour, pendant une compétition d'obéissance tenue dans un lieu couvert, un faisan s'était fait prendre au piège, on ne sait trop comment, dans la grande salle où se déroulait la compétition. De manière caractéristique à son espèce, l'oiseau s'efforça d'éviter tout contact avec les gens et les chiens et se contenta de faire un tour, perché sur des chevrons au-dessus de la piste. Au beau milieu de son exercice d'obéissance, un griffon allemand à poil ras qui, les jours précédents, avait obtenu des résultats tout à fait honorables en compétition aperçut ou flaira l'oiseau. Il cessa aussitôt de prêter attention à son maître, qui trébucha d'ailleurs sur lui quand, pour mieux observer le volatile, il tomba en arrêt au beau milieu de l'exercice assis. Les plumes, les morceaux de duvet, et parfois même les morceaux de papier journal froissé portés par le vent produisent souvent le même effet sur les chiens de ces races. C'est pourquoi un cadre extérieur mais libre de détritus, un lieu couvert ou à l'intérieur constituent souvent le meilleur choix pour dresser ces chiens. Des vêtements virevoltants, longues jupes fluides, écharpes, cravates ou franges, sont également à éviter : pendant un concours d'obéissance, j'ai vu un setter irlandais tomber en arrêt dans la posture de chasse classique parce qu'il avait aperçu le chapeau gaiement piqué de plumes d'une spectatrice...
Les chiens de berger se laissent souvent distraire par les gens en foule et presque toujours par le bétail. Les lieux où jouent les enfants sont particulièrement mal adaptés puisque quelque chose (on ne sait quoi) dans un groupe d'enfants jouant semble déclencher chez ces animaux la réaction de les rassembler en troupeau et de les contenir. Pour le dressage de ces races, les lieux peu fréquentés constituent le meilleur choix. Si vous devez travailler dans un endroit fréquenté, choisissez-en un de préférence où les gens se déplacent plutôt lentement et où ils ne se regroupent pas. Point positif : les chiens de berger s'adaptent très facilement aux bruits de fond et peuvent donc travailler dans des conditions relativement bruyantes qui pourraient poser des problèmes à plusieurs autres races de chiens.
Les chiens de garde et de protection sont exactement à l'opposé des chiens de berger en ceci qu'ils sont presque toujours distraits par les bruits. Des éclats sonores forts ou intermittents tendent à susciter chez eux des réactions incompatibles avec toute entreprise de dressage. Les lieux où les gens ou les enfants peuvent se mettre à courir sont à éviter également car une personne qui s'enfuit risque de déclencher chez ces chiens une réaction de poursuite et d'attaque.

L'INTELLIGENCE FLUIDE ET CRISTALLISÉE
Pour la plupart des gens, Albert Einstein représente probablement le comble du génie. On va même jusqu'à traiter les gens d'Einstein pour signifier qu'ils sont très intelligents... Le grand homme a été immortalisé par la reproduction de son nom sur des T-shirts et, souvent, les savants stéréotypés des dessins animés sont affublés de la crinière de cheveux blancs einsteinienne, laquelle est censée leur donner l'air intelligent. Et pourtant, si Albert Einstein n'avait jamais été à l'école, jamais appris à écrire et jamais acquis les bases des mathématiques, il n'aurait fait aucune des grandes découvertes qui l'on rendu célèbre. Il est même probable que ses contemporains l'auraient jugé d'assez basse intelligence et qu'à sa mort, ils l'auraient instantanément oublié.
Comment la diversité des circonstances peut-elle suffire à déterminer qu'un homme devienne un génie célèbre ou un ignare inconnu? La réponse à cette question touche à la nature de l'intelligence. Chacune des dimensions de l'intelligence que nous avons étudiées dans ce livre peut être subdivisée en deux parties. Les psychologues nomment la première intelligence fluide. Ce terme fait allusion au potentiel d'intelligence inné d'un individu et se reflète dans l'allure à laquelle celui-ci est capable d'apprendre, dans sa capacité de stockage de connaissances et l'efficacité avec laquelle il aborde des problèmes particuliers. L'intelligence fluide est déterminée par la contitution génétique et neurologique de l'individu - soit des facteurs physiologiques tels que la dimension et la constitution chimique du cerveau, le nombre de neurones dans le cortex cérébral, le nombre de branches que possèdent ces neurones, etc. L'intelligence fluide fixe les limites de l'aptitude cognitive de chaque individu, établit un plafond au-delà duquel cette intelligence ne pourra s'élever. Dans le cas d'Einstein, l'intelligence fluide représente le potentiel d'apprentissage et de résolution de problèmes de cet homme.
La seconde composante de chaque variété d'intelligence est l'intelligence cristallisée. Ce terme s'applique aux processus mentaux qui font appel à des composantes apprises. L'intelligence cristallisée englobe l'intelligence linguistique, la faculté d'assimiler des stratégies en vue de résoudre des problèmes, etc. Elle représente la somme de ce qu'apprend une personne, que ce soit par le biais de l'éducation proprement dite ou par les expériences de la vie.
L'intelligence manifeste constitue l'intelligence mesurable d'un individu. Elle est donc la somme de son intelligence fluide et de son intelligence cristallisée. Pour prendre une image tirée de la compétition de formule 1, supposons que la vitesse moyenne d'une voiture durant une course automobile représente l'intelligence manifeste d'une personne. À l'évidence, cette vitesse est déterminée en partie par les éléments mécaniques qui constituent la voiture - soit l'intelligence fluide -, mais aussi par les talents acquis du pilote et le savoir-faire acquis de l'équipe technique - soit l'intelligence cristallisée. La voiture ne peut pas dépasser sa vitesse mécanique limite quelle que soit l'habileté de l'équipe. De la même façon, elle n'atteindra peut-être jamais son plein potentiel si le savoir-faire acquis de son pilote et celui de ses mécaniciens ne sont pas à la hauteur de ses possibilités techniques.
Pour prendre une autre image, une personne attardée mentale, selon la gravité de son déficit intellectuel, n'atteindra peut-être jamais une maîtrise totale du langage, quelles que soient la longueur et l'intensité de l'enseignement qu'elle reçoit. Dans ce cas, la limite est fixée par le niveau peu élevé de l'intelligence fluide de l'individu. Ou encore, une personne ayant un QI de 200 n'apprendra peut-être jamais une langue si elle n'est pas systématiquement exposée à une communication linguistique humaine : dans ce cas, la limite est fixée par des restrictions sur les expériences qui pourraient augmenter l'intelligence cristallisée. En termes simples, l'intelligence cristallisée reflète les réalisations mentales, l'intelligence fluide le potentiel mental.
Certaines réalisations dépendent plutôt de l'intelligence fluide, d'autres s'appuient davantage sur l'intelligence cristallisée. Les mathématiciens et les physiciens sont généralement des individus doués d'une haute intelligence flluide, laquelle leur donne une avance en matière de résolution créative de problèmes : bon nombre d'entre eux parviennent au sommet de leur profession à un âge relativement tendre. Les historiens, les économistes ou les psychologues ont tendance, en revanche, à apporter leurs contributions les plus significatives à leurs domaines respectifs à un âge plus avancé, car la maîtrise de ces sujets dépend davantage de l'accumulation des connaissances et de l'apprentissage de techniques spécifiques qui relèvent de l'intelligence cristallisée.
Chez le chien, l'intelligence fluide est représentée par l'aptitude à l'apprentissage et à la résolution de problèmes que nous avons mesurée au chapitre 9. L'intelligence cristallisée se rapporte à ce que sait efectivement un chien, soit une bonne partie de son intelligence du langage humain (et toutes ses réactions à des ordres d'obéissance et de travail). Une proportion importante des juges d'obéissance auprès de qui j'ai enquêté pour cet ouvrage estimaient que l'intelligence cristallisée était ce qui pesait le plus lourd chez les chiens, peu d'entre eux atteignant effectivement le plein potentiel de leur intelligence fluide.

AUGMENTER L'INTELLIGENCE FLUIDE D'UN CHIEN
Le fait est peut-être difficile à croire pour un non-scientifique, mais il est possible de modifier certains aspects neurologiques et physiques du cerveau d'un chien et d'influer ainsi directement sur l'intelligence fluide de l'animal.
Les facteurs liés à l'environnement et qui exercent une influence sur les aspects structurels du cerveau du chien font sentir leurs plus grands effets très tôt dans la vie de celui-ci. Le plus évident de tous est l'alimentation. Pendant la première année de son existence, il est vital qu'un chien reçoive une alimentation équilibrée car autrement les cellules nerveuses de son erveau n'atteindront pas leur pleine maturité. Cet organe sera d'ailleurs visiblement plus petit de volume, pèsera moins lourd et ne fonctionnera pas aussi bien. Un chien mal nourri se comportera moins intelligemment pendant toute sa vie.
Très probablement vous n'avez exercé aucun contrôle sur l'alimentation de la femelle qui a mis votre chien au monde. Cependant, surtout pendant la première année de la vie du chiot, rien ne vous empêche de faire particulièrement attention à sa santé et à son régime. Souvent les chiens sont élevés sur les restes de la table de leur maître. Si ceux-ci peuvent à la rigueur constituer une nourriture adéquate pour la survie (sinon la santé optimale) d'un animal adulte, ils ne conviennent sûrement pas à un jeune chien. Veillez bien surtout à donner à votre animal un régime équilibré. On trouve dans le commerce quantité de pâtées pour chien bon marché qui répondent à ce critère, mais aussi de nombreux produits un peu plus chers, et encore mieux équilibrés. Par ailleurs, divers ouvrages expliquent comment préparer chez soi une alimentation appropriée à son chien.
Si la plupart des gens trouveront facile d'accepter l'idée que le facteur alimentaire puisse exercer une influence sur la fonction cérébrale, ils auront peut-être plus de mal à reconnaître que les expériences auxquelles un chien est soumis dans sa vie puissent affecter aussi le développement et l'efficacité de son cerveau. Les psychologues expérimentaux ont constaté que les animaux élevés comme animaux domestiques (qu'il s'agisse de chiens, de chats ou de rats) semblent apprendre plus rapidement et résoudre les problèmes plus efficacement que les animaux élevés en laboratoire. Bien entendu, les animaux de laboratoire ont une alimentation scientifiquement équilibrée et nutritionnelle, ce n'est donc pas du côté de leur régime qu'il faut chercher l'explication de cette différence. Ce qui semble vraiment compter, c'est le fait que les animaux élevés à la maison connaissent beaucoup d'expériences plus variées durant leur vie. La plupart des animaux de laboratoire passent le plus clair de leur temps en cage ou dans un chenil avec, au mieux, la compagnie d'un ou de deux autres animaux. À titre de comparaison, l'animal domestique moyen connaîtra, lui, plusieurs environnements différents, simplement en passant d'une pièce à l'autre chez son maître ou en se déplaçant avec lui. L'animal familier est aussi plus exposé à des contacts sociaux, ne serait-ce que lorsque son maître reçoit des visites. Il est aussi appelé à résoudre de nombreux problèmes au quotidien; à saisir, d'après les activités de son maître, les indices quant à ce qui va se produire, etc. En d'autres termes, l'esprit de l'animal domestique, qui traite les informations, les assimile et cherche à résoudre des problèmes, est plus actif et plus stimulé que celui de l'animal élevé en laboratoire.
Des recherches intensives ont été menées sur les conséquences de l'expérience sur la fonction et la structure cérébrales. Elles tendent à démontrer que l'expérience, en particulier celle qui remonterait à un âge précoce, peut façonner la physiologie du cerveau. Les laboratoires des psychologues Mark Rosenzweig, David Krech, et Edward Bennett, à l'université de Californie à Berkeley, poursuivent des expériences sur ce sujet depuis plus de trente ans. Ils ont démontré que les animaux vivant dans des conditions environnementales appauvries (socialement isolés, exposés à de bas niveaux de stimulations sonores et lumineuses, et limités dans leurs possibilités d'explorer et de réagir à leur environnement) tendent à obtenir de faibles résultats aux tests d'apprentissage et de résolution de problèmes. Leurs compagnons de portée élevés, eux, dans un environnement riche (avec beaucoup de jouets, une architecture complexe, la possibilité de communiquer avec d'autres animaux, des problèmes à résoudre et soumis à des stimulations variées) étaient beaucoup plus performants en matière d'apprentissage et de résolution de problèmes. Par la suite, lorsqu'on examina les animaux ayant vécu dans cet environnement enrichi, on leur trouva un cerveau plus volumineux et plus lourd qu'à ceux élevés dans des conditions de laboratoire normales. Ils avaient un cortex cérébral plus épais et une plus forte concentration de certaines enzymes cérébrales vitales associées avec le transport de l'information depuis et vers les diférentes parties du cerveau.
Le psychologue William Greenough de l'université de l'Illinois a observé de plus près les effets de l'expérience sur la structure cérébrale. Il a pu démontrer ainsi que le fait de vivre dans une environnement où de nombreuses décisions doivent être prises et où l'on a de nouvelles choses à explorer modifie effectivement le schéma des interconnexions du cortex cérébral. Les informations sont transportées depuis et jusqu'aux cellules du cerveau par des branches qui partent du corps de la cellule. Celles qui rapportent les informations depuis les autres neurones s'appellent les dendrites, et celles qui envoient les informations vers les autres neurones ont pour nom axones. Plus le nombre de branches assurant les liaisons depuis et vers la cellule est élevé, plus celle-ci pourra recevoir, traiter et transmettre d'informations. Une stimulation accrue, des expériences plus variées découlant du fait de vivre dans un environnement complexe semblent faire pousser de nouvelles branches aux cellules nerveuses ainsi que de nouvelles connexions avec d'autres cellules nerveuses appelées synapses. Les animaux qui possèdent un grand nombre de ces branches obtiennent aparemment de meilleurs résultats dans bon nombre d'épreuves psychologiques : autrement dit, ils paraissent plus intelligents. Le fait que le nombre de ces connexions augmente même chez des animaux adultes ayant quitté un environnement offrant des stimulations et des possibilités de comportement limitées pour un milieu plus enrichi constitue un aspect particulièrement intéressant des recherches de Greenough. On peut en déduire qu'un animal garde toute sa vie des chances de refaçonner son cerveau.
Les techniques destinées à augmenter l'intelligence fluide d'un chien sont nombreuses. Les plus simples d'entre elles passent par le fait d'exposer l'animal à de nouveaux environnements, à de nouveaux modes de stimulation, dans des conditions sûres et bien contrôlées. On constate une plus importante augmentation du volume du cerveau et de la complexité des ramifications lorsque l'expérience enrichie a lieu durant la première année de la vie de l'animal, mais elle peut se poursuivre toute sa vie durant.
Mettre au point un programme enrichi pour un jeune chien est enfait assez simple. Aussitôt que vous ramenez votre chiot à la maison (généralement vers l'âge de sept semaines), équipez-le d'un collier plat à boucle (veillez à ce que celui-ci soit confortable, mais suffisamment ajusté tout de même pour ne pas glisser par-dessus sa tête quand vous tirez dessus). Ensuite, laissez le chien parcourir la maison sous votre surveillance. Une manière simple et automatique d'exposer votre chiot à de nouvelles situations consiste à fixer une laisse très légère de deux mètres de long à son collier et d'attacher celle-ci à la boucle de votre ceinture à chaque fois que vous êtes réveillé et en compagnie de votre chien. Lorsque vous vous apprêtez à vous déplacer, annoncez votre intention au chiot en prononçant son nom, puis levez-vous et vaquez à vos occupations. Au début, vous devrez peut-être user de cajoleries pour persuader le chien de vous suivre sans être obligé de le traîner, mais au bout d'un jour ou deux, il vous suivra volontiers. Pendant ces séances, félicitez et caressez souvent le chiot pour le rassurer. Au bout d'un certain temps, il devrait vous suivre sans laisse, simplement en s'entendant appeler par son nom.
Ce programme comportemental fournit au chiot une série d'expériences bien plus variées que s'il restait enfermé dans un chenil, une cuisine ou une arrière-cour. Il l'oblige à relever de constants défis, ne serait-ce que résoudre le problème de gravir des marches ou de contourner des meubles. Il lui procure également l'expérience d'une variété d'apports sensoriels, à chaque fois que les vues, les sons et les odeurs changent d'une pièces à l'autre et, surtout, quand vous quittez la maison et emmenez le chiot ailleurs.
Pour lui garantir une grande richesse d'expériences, particulièrement pendant sa jeunesse, laissez votre chien le moins souvent possible seul. Tâchez de l'emmener avec vous faire des courses, à pied ou en voiture. À chaque fois que vous en avez la possibilité, exposez-le à de nouveaux environnements : parcs, magasins, cours d'école, maisons autres que la vôtre, etc. Veillez, cependant, à ne jamais retirer sa laisse durant ces excursions, sauf dans un endroit bien clos comme la voiture. Présentez-lui autant de nouvelles têtes que possible, qu'il s'agisse de personnes ou de chiens... Les gens ne sont pas très difficiles à rencontrer, puisque la plupart d'entre eux sont attendris par les chiots ou petits chiens. Soyez prudents malgré tout lorsque vous présentez votre chiot à de jeunes enfants - ceux-ci pourraient, involontairement, se montrer trop brutaux. Et si vous le mettez en contact avec d'autres chiens, veillez à ce que la rencontre ait toujours lieu sous votre supervision. Durant les premiers mois, le chiot dégage une odeur particulière, une phéromone, qui informe les autres chiens de son âge tendre. La plupart des chiens normaux réagissent à cette phéromone en se comportant avec sollicitude, mais vous ne pouvez jamais en être certain, à moins de très bien connaître l'autre chien.
Ces changements d'environnement, ces relations sociales fournissent au chien des stimulations supplémentaires. Les interactions, les jouets et objets à manipuler, les nouveaux décors représentent simplement pour lui autant de nouveaux problèmes à résoudre. Et, en définitive, cette stimulation doit lui procurer les avantages qui, d'après les résultats de la recherche en laboratoire, procèdent d'une expérience enrichie. Le volume et la masse du cerveau de votre chien doivent augmenter, comme nombre de ses connexions neuronales. Cela doit aboutir à une efficacité cérébrale accrue et à une intelligence fluide améliorée.

AUGMENTER L'INTELLIGENCE CRISTALLISÉE
Si l'intelligence cristallisée englobe tout ce qu'un individu a jamais appris, il est évident que plus un chien apprend, plus son intelligence cristallisée augmente. L'apprentissage ne passe pas nécessairement par un enseignement formel : les expériences enrichies que vous procurez au chien pour améliorer son intelligence fluide fournissent, elles aussi, des occasions d'améliorer son intelligence cristallisée. Cependant, certaines démarches systématiques se sont révélées particulièrement utiles pour développer le domaine des facultés mentales. Vous pouvez facilement intégrer ces activités à votre vie quotidienne avec le chien.
Le premier point indispensable est de parler à votre chien. Quand je dis parler, je ne fais pas allusion au babil enjoué ou affectueux auquel se livrent la plupart des gens lorsqu'ils s'occupent de leur chien, mais plutôt au fait de parler à l'animal quand vous entreprenez quoi que ce soit qui ait un rapport avec lui. Répétez des phrases simples qui anticipent sur les activités qui le touchent, en disant, par exemple : "Allons nous promener" ou en demandant : "Veux-tu aller te promener?" avant la sortie quotidienne. Avant de lui passer sa laisse, dites : "On met la laisse", et avant de la retirer : "On retire la laisse". Avant de monter ou de descendre l'escalier avec le chien, dites : "En haut" ou : "En bas". Et quand vous voulez que le chien vous suive dans la cuisine, dites : "Allons à la cuisine". Bien entendu, la liste n'est pas exhaustive...
Le but de tout cela est d'améliorer le vocabulaire accessible au chien en augmentant le nombre de mots et de signaux qu'il connaît. Pour cette raison, vous devez toujours utiliser les mêmes mots ou phrases. Quand vous lui donnez son repas, peu importe que vous utilisiez l'expression : Dîner!, Souper!, Qui veut manger?, À la soupe!, ou encore le déjeuner est servi sur la terrasse..., ce qui importe, c'est que vous ayez sélectionné un mot ou une phrase et que vous vous y teniez systématiquement. (Plus tard dans la vie du chien, vous pourrez introduire des synonymes, mais ils sont parfois source de confusion). Veillez également à ce que chaque mot ou phrase se rapporte à une seule action : si vous dites dehors lorsque vous franchissez le seuil ou que vous envoyez le chien au jardin, il ne faudra pas utiliser le même mot quand vous souhaitez retirer un objet de sa gueule. Le but recherché est d'obtenir que le chien saisisse que des sons précis émis par des humains annoncent des événements précis.
Très vite, vous vous apercevrez que le chien réagit aux mots fréquemment utilisés. En entendant : Allons nous promener, il se dirigera vers la porte; on met la laisse aura pour effet de lui faire lever la tête pour vous permettre d'enfiler son collier, aux mots allons-y, il vous regardera et commencera à se lever pour vous suivre, etc. Chaque phrase déclenchera chez lui une réaction précise. Celle-ci vous prouvera que l'injonction a été assimilée et vous procurera davantage de contrôle sur son comportement.
D'autres moyens simples permettent d'améliorer la communication réceptive de votre chien. Chaque fois que vous lui parlez, n'oubliez pas d'utiliser son nom. Celui-ci finira par signifier pour lui que le prochain son lui est intelligible ou le concerne. Si vous avez plus d'un chien, choisissez un deuxième nom les englobant tous et qui puisse vous servir de nom de groupe. J'utilise pour ma part l'expression petits chiens pour indiquer que je m'adresse à l'ensemble de mes chiens. N'importe quel autre mot fera l'affaire. J'ai entendu des gens dire les gars, les filles, la troupe, les chiens, les bouclettes, ou encore les crocs (cette dernière expression était utilisée par un biologiste pour appeler sa paire de dogues allemands). Veillez simplement à rester systématique pour les noms également.
Pendant les premières étapes de la vie de votre chien, vous pouvez démarrer ce que j'appelle l'autodressage. Cela correspond en fait au vrai début du dressage à l'obéissance du chien, mais sans passer par des leçons en bonne et due forme. Mettons, par exemple, que vous ayez un chiot appelé Rover. Il s'agit d'observer attentivement ce qu'il fait pendant une séance d'interaction avec lui. S'il commence à venir vers vous, dites Rover, viens; si vous le voyez sur le point de s'asseoir, dites Rover, assis. À la fin de chaque action, félicitez-le, exactement comme s'il avait obéi à un ordre que vous auriez donné. Ce procédé a pour effet d'accrocher une étiquette à l'activité, et, au bout de quelques répétitions, le mot en vient à signifier l'action en question dans l'esprit du chien (les psychologues appellent cela l'apprentissage par validation). Dès lors, il suffit de pas grand-chose pour transformer un mot en un ordre. Dans certains cas, aucun dressage supplémentaire ne sera nécessaire; dans d'autres, après que le travail de fond aura été accompli grâce au dressage par validation, il suffira d'une ou deux répétitions au cours desquelles vous donnerez l'ordre au chien (par exemple, viens), suivi d'une démonstration de ce que vous en attendez (vous attirez le chien vers vous avec la laisse) pour parvenir à vos fins.
L'apprentissage par validation est particulièrement utile lorsque vous voulez enseigner à votre chien des comportements difficiles ou impossibles à imposer. Par exemple, quand je souhaite dresser un de mes chiens à la propreté, je le promène le long d'une route qu'il connait bien. Aussitôt qu'il commence à s'accroupir pour éliminer, je prononce le mot vite, que je répète ensuite une ou deux fois pendant le processus d'élimination. Quand l'action est terminée, le chien est félicité. Au bout d'une ou deux semaines, lorsqu'il entend l'ordre vite, le chien se met à renifler le terrain pour choisir un endroit où éliminer. De cette façon on parvient à contrôler certains aspects de l'élimination du chien.
Quand ils entendent installe-toi (ou installez-vous) mes chiens comprennent qu'ils doivent rester tranquilles, relativement inactifs, dans un endroit particulier de la pièce ou de la maison. Contrairement à assis ou couché, l'ordre ne donne pas de précision quant à la posture à adopter, parce qu'il m'est égal que les chiens bougent un peu à condition qu'ils restent tranquilles et à peu près à la même place. Voilà un autre ordre que j'enseigne par autodressage. Lorsque les chiens se tiennent tranquilles, je dis : Petits chiens, installez-vous; je vais ensuite vers eux et je caresse doucement chacun d'entre eux en répétant installe-toi. Au bout de quelques répétitions, lorsqu'ils entendent l'ordre installe-toi ou installez-vous, les chiens cherchent un endroit confortable où s'asseoir ou se coucher et se contentent d'observer les activités qui se déroulent autour d'eux.
L'autodressage facilite souvent bien d'autres apprentissages. Si pendant le dressage, vous vous servez d'un ordre oral associé à un geste de la main, l'apprentissage par validation permet au chien de les associer tous deux avec le comportement désiré. Peu après, vous vous apercevrez que le chien réagit à l'un indépendamment de l'autre.
Une des choses les plus importantes qu'apprend le chien par le biais de ces relations interactives précoces c'est que les sons produits par son maître véhiculent un sens : à certains moments, ils lui signalent ce qui va se produire, à d'autres, ils posent le problème qu'il devra résoudre s'il désire une récompense sous forme de félicitations ou de friandises. Souvent cette grande découverte conceptuelle se produit au début du dressage à l'obéissance proprement dit. Quand vous enseignez à votre chien les ordres assis, au pied, viens, en bas, etc., vous lui apprenez en même temps que les sons et signes que vous produisez sont des problèmes dont il doit apprendre à connaître les solutions. Plus tôt un chien réalise cela, plus il sera facile à dresser.
Les psychologues parlent d'"apprendre à apprendre" à propos de ce processus. Quand un animal de laboratoire est soumis à un problème particulier, le processus initial de résolution du problème demandera parfois plusieurs tentatives. Une fois que certains problèmes se trouvent résolus, l'animal paraît déjà travailler beaucoup plus efficacement. Il se met à trouver les réponses à de nouveaux problèmes beaucoup plus efficacement. Il se met à trouver les réponses à de nouveaux problèmes beaucoup plus vite et plus facilement. Le même schéma vaut pour les humains. Apprendre une langue étrangère peut se révéler une entreprise assez dificile, en apprendre une deuxième est plus facile, et quand il s'agit d'en assimiler une troisième, on est encore plus rapide et efficace. Dans leurs dernières années de lycée, les étudiants soutiennent souvent que leurs cours sont devenus plus faciles. C'est pourtant loin d'être le cas, mais ils ont "appris à apprendre" et, de ce fait, l'acquisition de connaissances supplémentaires leur paraît moins ardue. De même, un chien met un certain temps à assimiler ces ordres simples que sont assis, couché, et reste là, ce qui n'empêche pas, par la suite, le même animal d'assimiler bien plus vite des ordres autrement plus complexes (par exemple ceux ayant trait au fait de rapporter ou de sauter). En d'autres termes, plus vous dressez votre chien à accomplir de chosesdifférentes, plus vite il "apprendra à apprendre" et plus facilement vous lui en apprendrez de nouvelles. Peu importe ce que vous lui inculquez précisément : sa capacité d'apprentissage s'améliorera tout autant s'il apprend des tours de chien savant, comme par exemple à mendier ou à faire des roulades, que s'il est soumis à un apprentissage dans les formes des exercices d'obéissance.
Une des meilleures manières d'enrichir l'expérience de votre chien - et incidemment d'améliorer votre propre qualité de vie - passe par du jeu. Les jeux consistant à rapporter sont stimulants et utiles. Rappelez-vous simplement de vous servir de mots ou locutions comme va chercher ou prends-le quand vous lancez et donne ou lâche quand vous retirez l'objet de la gueule du chien. Les jeux de poursuite (laissez parfois le chien gagner) sont amusants et augmentent l'attention que le chien vous porte. Même les jeux qui font aboyer l'animal (dites parle ou protège pour autodresser l'aboiement) ou ceux qui l'excitent beaucoup (comme la lutte ou celui qui consiste à le faire rouler) sont utiles parce qu'ils vous donnent l'occasion de lui apprendre assez, arrête, ou non. Prononcez le mot en question, renforcez-le en maintenant le chiot dans la position couchée, puis félicitez-le de s'être arrêté.
Pendant le jeu, il faut veiller à ne jamais laisser le chien jouer à attaquer ou à se servir de ses dents. N'agitez pas vos doigts devant sa gueule pour l'encourager à prendre votre main en gueule. Ne vous lancez pas dans des bras de fer. De telles attitudes tendent à encourager les comportements dominants chez un chien et affectent négativement sa personnalité. Voici une bonne règle de base : évitez tous les jeux qui, s'il s'agissait d'un chien adulte, encourageraient une attitude qui pourrait vous être désagréable, provoquer de la douleur ou vous faire peur, surtout à l'égard d'un enfant. Konrad Lorenz, expert en psychologie animale et lauréat du prix Nobel, affirme que les animaux joueurs apprennent à manipuler à la fois les objets inanimés et les objets sociaux. Il estime que le jeu ouvre l'esprit du chien en le plaçant dans des situations nouvelles où il doit mettre au point des comportement nouveaux ou innovateurs, ce qui tend à accélérer l'expérience et l'épanouissement mental du chien. Si vous choisissez convenablement les amusements auxquels vous vous adonnez avec votre chien, vous fabriquerez en jouant un chien plus intelligent.

L'ESPRIT DU CHIEN ET LE BONHEUR DE SON MAÎTRE
Est-ce vraiment un chien intelligent que vous désirez? "Bien sûr, répondront la plupart des gens, vous vous imaginez vraiment que je voudrais d'un chien idiot chez moi?" En fait la question mérite que l'on s'y attarde un peu. Certaines personnes veulent un chien intelligent pour la même raison qui leur fait exiger l'ordinateur le plus gros et le plus puissant pour leur entreprise, la voiture de sport la plus voyante et la plus rapide, ou la stéréo, le magnétoscope et la caméra ayant le plus de cadrans, de boutons et manettes. Ceux-là veulent, en toutes choses, le nec plus ultra et estiment qu'un objet qui offre la plus grande souplesse et le maximum de possibilités doit forcément être le plus désirable. Et pourtant, l'utilisation d'un ordinateur très complexe est non seulement astreignante, mais elle peut même nécessiter une formation supplémentaire... Le propriétaire d'un tel équipement risque même de s'apercevoir qu'en définitive les possibilités de l'appareil dépassent de très loin ses besoins. De même, apprendre à se servir d'un appareil photo équipé de tous les derniers gadgets de la technologie peut demander très longtemps et l'utilisateur qui ne souhaiterait pas consacrer beaucoup de temps à la photo pourrait bien se retrouver avec de moins bons clichés que s'il avait travaillé avec un système, moins souple peut-être et doté de moins d'options, mais plus simple, meilleur marché et présentant un moindre risque d'erreur.
Vers la fin des années cinquante et au début des années soixante, les psychologues ont fait une découverte saisissante. Ils se sont aperçus qu'en fait, pour de nombreuses professions, une intelligence élevée constituait un handicap, en particulier dans l'optique d'un travail plutôt répétitif, demandant les mêmes gestes ou décisions plusieurs fois par jour, où le travail est entrecoupé de longues périodes de relative inaction et le rythme d'activité est lent. Dans de telles conditions, l'individu doué d'une plus grande intelligence globale risque d'obtenir de moins bons résultats au quotidien que l'individu moins intelligent. Non seulement l'individu plus intelligent obtiendra des résultats moins bons, mais il sera nettement moins satisfait de son travail et de son emploi en général.
De nombreuses raisons expliquent cela. Il faut aux individus hautement intelligents davantage de stimulations, de défis et des activités plus variées. Si leur profession ne leur offre pas ces variations et ces défis, ils s'ennuient vite. Dès lors, ils deviennent moins attentifs, allant même parfois jusqu'à inventer des jeux pour se distraire pendant le travail. Lorsqu'ils s'aperçoivent du nombre d'erreurs qu'ils commettent pas distraction ou réalisent qu'ils ne travaillent pas aussi bien que d'autres autour d'eux, ils se sentent frustrés et malheureux (un état qui peut, lui-même, encore accentuer leur inefficacité). À l'inverse, les individus moins brillants s'ennuient moins facilement. Ils accordent une attention soutenue aux informations qu'ils reçoivent et aux tâches à accomplir. Ils remarquent les petits défis et les petites variations dans le déroulement de leur activité quotidienne. Relever ces petits défis leur procure assez de satisfaction pour leur permettre de rester attentifs : ils représentent pour eux une réelle source de plaisir grâce à laquelle ils se sentent plus heureux de leur travail. De plus, comme ils ne pâtissent pas des problèmes que se créent les personnes d'intelligence supérieure, ils accomplissent leur tâche de manière plus précise, et leur productivité en est d'autant meilleure.
Tout comme les êtres humains, les chiens brillants peuvent se révéler décevants dans des ciconstances où un animal moins doué s'en sortirait très bien. Le plus important est que les caractéristiques d'un chien soient bien accordées aux besoins de son maître. Son tempérament, son niveau d'activité et son degré d'intelligence devraient correspondre au style de vie de sa famille humaine. Si votre but est de présenter votre chien aux concours d'intelligence aux niveaux les plus élevés, choisissez-en un qui soit doué d'une intelligence de travail et d'obéissance supérieure. Si vous souhaitez le voir accomplir une tâche particulière, par exemple chasser, traquer, garder, s'occuper d'un troupeau, tuer des rats ou toute autre activité, optez plutôt pour un chien dont l'intelligence instinctive rend plus probable qu'il se comporte selon vos désirs. Choisir un chien de compagnie est parfois plus compliqué.

LES ARGUMENTS POUR ET CONTRE UN CHIEN INTELLIGENT
Les chiens très doués pour l'apprentissage acquièrent plus facilement que d'autres des connaissances à propos de leur environnement et associent plus volontiers les stimuli qu'ils rencontrent aux résultats de leurs activités. Ces chiens assimilent rapidement les habitudes de la maisonnée. Nous sommes tous en effet des êtres de routine, et un chien intelligent apprend vite à connaître les habitudes de sa famille et à anticiper sur elles. Par exemple, un chien intelligent apprend vite que lorsque son maître enfile son manteau et prend la laisse, la séquence suivante comportera la phrase : Tu veux te promener?, suivie d'un déplacement vers la porte et du bonheur de se retrouver dehors. Un chien moins intelligent réagira moins vite. Peut-être même ne quittera-t-il pas sa position confortable ou regardera-t-il vaguement en l'air, comme pour dire : "Il se passe quelque chose? ".
Si les chiens plus intelligents, plus réactifs, font sans doute de meilleurs compagnons, il leur arrive aussi de saisir des indices dont le lien avec certains événements est pourtant faible. Ainsi, le geste de prendre la laisse pour partir en promenade étant le plus souvent précédé par celui d'enfiler son manteau, le chien brillant peut réagir à cette association, pourtant plus ténue. Lorsque son maître enfile son manteau pour se rendre, mettons, chez l'épicier, le chien, très excité, se rue sur la porte en aboyant. Parfois, les chiens brillants anticipent si bien sur les choses qu'ils en deviennent pénibles. Il suffit à leur maître de s'approcher de la porte pour déclencher chez eux l'excitation liée à l'espoir d'une promenade. Une amie, propriétaire d'un caniche moyen, m'a raconté qu'elle ne pouvait pas prononcer le mot promenade, même dans la conversation courante, sans que son chien se précipite vers la porte d'entrée en aboyant, fou de joie à l'idée de sortir. Quand elle eut pris l'habitude d'épeler le mot, il ne fallut que quelques semaines au chien pour apprendre que l'enchaînement p-r-o-m-e-n-a-d-e possédait la même signification que "promenade" et donc pour réagir de même au mot épelé.
Le chien vraiment intelligent fera aussi très vite d'autres associations, que cela vous plaise ou non. S'il est arrivé quelquefois qu'au bruit que fait la porte du réfrigérateur en s'ouvrant succède une récompense, vous vous retrouverez peut-être avec votre chien dans les jambes à chaque fois que vous ouvrirez le réfrigérateur ou même que vous vous dirigerez vers la cuisine. Aussitôt que le chien intelligent remarquera que vous préparez le matériel nécessaire pour son bain ou sa toilette, il pourrait bien disparaître d'un coup. Peut-être votre chien, ce modèle d'obéissance, refusera-t-il même de répondre à vos appels...
J'ai entendu une foule d'anecdotes au sujet de chiens intelligents, dobermans, labradors retrievers, caniches, bergers allemands, qui rendaient leurs maîtres fous en apprenant à toute allure et en découvrant facilement la solution à tous les problèmes : ce type de chien apprend à ouvrir les portes avec la gueule, trouve le moyen d'accéder aux placards pour y dénicher biscuits et autres friandises, ou de se comporter bizarrement pour attirer l'attention. Leur intelligence est telle qu'ils parviennent à résoudre un certain nombre de problèmes par la seule réflexion.
Un spécialiste du comportement animal qui travaille avec des chiens à problèmes m'a affirmé que ceux qu'on lui amenait le plus fréquemment pour comportement problématique étaient les chiens vraiment intelligents. Cela s'explique en partie par le fait que ces chiens réalisent souvent très vite quels comportements sont susceptible de leur procurer les plus grandes récompenses. Pour la plupart de ces animaux, mais surtout pour les races sociables, toute forme d'attention humaine est gratifiante. Le problème c'est que l'on a tendance à concentrer plus d'attention sur un chien lorsqu'il a "mal" agi - ou fait quelque chose que nous ne voulions pas qu'il fasse - que lorsqu'il a bien agi - ou fait quelque chose qui nous agrée. Par exemple, certains propriétaires de chiens essaient d'empêcher leur chien d'aboyer en lui donnant des biscuits pour le distraire de la raison qui a déclenché son aboiement. Après quelques répétitions de ce scénario, le chien vraiment intelligent se dit : "Si j'aboie, j'aurai un biscuit". De sorte qu'il aboie plus souvent et plus vigoureusement encore...
Il arrive parfois que les propriétaires de chiens dressent leur animal à se comporter de manière encore plus répréhensible. Prenez par exemple l'histoire d'Arnold, le caniche nain. Quand la maîtresse d'Arnold était seule, elle prêtait pas mal d'attention à son chien. Bien sûr, comme beaucoup de gens, elle faisait plus attention à ses écarts de conduite qu'à ses comportements positifs. L'habitude d'Arnold d'uriner sur le lit de sa maîtresse, agissement particulièrement répréhensible, lui avait valu beaucoup d'attention de la part de celle-ci, mais elle était à peu près sûre d'être enfin venue à bout de cette fâcheuse manie. Il se trouve que lorsque son petit ami prit l'habitude de venir lui rendre visite chez elle, elle se mit à faire beaucoup moins attention à son chien. Arnold n'avait pas oublié le tapage qu'il avait provoqué en urinant sur le lit. Il fut assez intelligent pour comprendre que le même comportement aboutirait à un résultat identique dans les nouvelles circonstances. On devine la suite : chaque fois que la maîtresse d'Arnold recevait un homme chez elle, le chien se dirigeait vers sa chambre avec des intentions délictueuses... De cette façon, il était sûr d'être le clou du spectacle.
Le fait d'apprendre par inadvertance à un chien intelligent un comportement indésirable n'a pas toujours des conséquences aussi anodines. Le propriétaire d'un berger allemand avait remarqué que son chien prenait en gueule la main de son fils. Craignant qu'il ne finisse par le mordre ou par adopter à son égard un comportement dominant, il conseilla à l'enfant de caresser le chien, dans l'espoir de le distraire. Ce que comprit en fait le chien fut qu'une bonne manière de se faire cajoler consiste a prendre en gueule la main de quelqu'un... Avec cette conséquence tragique que, plus tard, le chien prit la main d'un jeune inconnu en gueule, celui-ci paniqua et fut blessé par l'animal affolé.
Le fait d'augmenter le niveau d'activité dans une maisonnée et le nombre de personnes qui s'y trouvent accentue d'autant la probabilité pour un chien de former des associations fortuites. Pour un animal intelligent, cela implique davantage d'occasions d'apprendre des choses qui lui seront utiles pour s'adapter à sa vie quotidienne, mais aussi des comportements bizarres ou exaspérants. Prenons le cas de Prince, un border colley dont le plus grand plaisir était d'aller courir au grand air. À chaque fois que quelqu'un s'apprêtait à sortir de la maison, Prince se précipitait à sa poursuite dans l'espoir de se faufiler dehors derrière lui. Un jour que Prince avait entamé sa folle ruée vers l'extérieur, la porte grillagée se rabattit sur lui. Emporté par son élan, il passa au travers du grillage. Récompensé par cette occasion inespérée d'aller s'ébattre au jardin, le chien apprit, grâce à cette occurence unique, qu'il lui était possible de fabriquer sa propre porte, simplement en se précipitant tête baissée dans le grillage. Après plusieurs tentatives de réparation, les maîtres de Prince doublèrent la porte d'un gros grillage fermier que le chien était incapable de traverser. Prince, frustré, prit l'habitude d'errer dans toute la maison... C'est alors qu'il remarqua que plusieurs fenêtres ouvertes étaient garnies de la même moustiquaire que celle qui ornait autrefois la porte battante. Cet animal intelligent aboutit sans peine à la conclusion qu'il pourrait utiliser ces fenêtres comme sorties. Toutes les fenêtres ouvertes du rez-de-chaussée devinrent très vite des cibles dans lesquelles Prince se ruait tête baissée dans l'espoir de goûter aux joies du jardin, au grand agacement et désarroi de ses maîtres.
Tout comme Prince, de nombreux chiens intelligents - bergers allemands, rottweiler, etc. - appliquent leurs talents dans la résolution de problèmes à trouver un moyen de sortir de la maison où ils vivent. Ces chiens sont même parfois assez vifs d'esprit pour interpréter certains échecs comme des succès partiels, ce qui tend à les encourager à persévérer dans leurs comportements. Ainsi, le chien intelligent qui gratte au mur près de la porte et voit se détacher du plâtre peut se dire par exemple que ce changement d'aspect est sans doute le signe avant-coureur de la formation d'un trou assez large pour lui permettre de passer... Et dans ce cas son maître risque fort de se retrouver avec murs et planchers arrachés, moulures et ornements de fenêtres ou de portes rongés, d'avoir de lourdes factures à régler et d'éprouver un grave mécontentement au sujet de son chien.
La probabilité pour un chien moins intelligent de former ce genre d'association est nettement plus limitée. Ce chien est notamment moins succeptible de généraliser à partir de ce qu'il connaît et d'appliquer son aptitude à résoudre les problèmes à de nouveaux défis. Il fera plutôt quelques tentatives, puis renoncera devant leur échec ou en constatant le peu de progrès qu'elles lui font faire. Ne trouvant aucune solution, le chien moins intelligent se contente d'accepter le statu quo.
Pour les mêmes raisons qui font que les chiens moins intelligents prennent moins facilement de mauvaises habitudes fondées sur des associations d'idées fortuites, ils sont aussi plus susceptibles de s'adapter au fait d'être souvent livrés à eux-mêmes. D'abord, ces chiens s'ennuient moins facilement. Or, lorsqu'un chien s'ennuie, il cherche à s'amuser, même s'il doit pour cela démolir votre sofa en retirant toute la mousse dont il est garni... Un chien intelligent réalise vite que lorsque son maître n'est pas là, certains comportements normalement punis ou interdits lui sont autorisés. Les propriétaires de chiens intelligents constatent que s'ils sont chez eux, leur chien ne tente jamais rien d'extraordinaire, mais que tout devient permis dès l'instant où ils sortent pour aller travailler.
On peut rendre un chien brillant complètement fou si on s'y prend mal avec lui. Dans une grande maisonnée, un certain nombre d'individus d'âges différents, plus ou moins attentifs, partagent tous une certaine responsabilité à l'égard du chien. Dans ces conditions, le chien doit souvent se dépêtrer d'une variété de situations et d'ordre contradictoires qui peuvent être très déroutants pour lui. Les enfants, les adolescents et certains adultes négligents ne se rendent vraiment pas compte à quel point ils communiquent mal avec les chiens. Un chien qui, dans des circonstances normales, est assez intelligent pour comprendre facilement et paraît bien fonctionner peut vite devenir stressé, s'il est confronté à des exigences humaines impossibles à satisfaire.
On m'a raconté un jour à ce sujet l'histoire intéressant d'un golden retriever nommé Shadow. De chien était inscrit dans une classe de dressage pour débutants. Normalement, la mère de famille nombreuse à qui appartenait Shadow l'amenait aux cours. Comme c'était prévisible de la part d'un chien d'une race douée d'une très grande intelligence de travail, le chien faisait des progrès notables sous la conduite raisonnablement ferme et cohérente de sa maîtresse. Il avait assez bien assimilé tous les ordres de base et réagissait vite et bien. Mais pour une raison ou une autre, cette femme ne put pas assister à l'avant-dernière leçon de la série, et se fit remplacer par son fils de dix-sept ans. Au cours de la séance, le chien donna l'impression d'être en difficulté et la monitrice s'enquit de ce qui n'allait pas. "Voyons comment se débrouille Shadow", dit-elle. Elle demanda au jeune maître de l'animal de s'éloigner de deux pas de lui, celui-ci étant debout. "Maintenant, ordonnez-lui de s'asseoir", demanda-t-elle.
"Allons viens, Shadow, assieds-toi!" ordonna l'adolescent. Le chien remua vaguement sur place, l'air hésitant, et l'adolescent remarqua, amer : "Vous voyez, il ne comprend rien". Le chien eut alors un comportment très curieux : il se mit en position assise, abaissa et avança la poitrine, puis, l'arrière-train toujours au sol, commeça à se traîner vers le garçon en geignant. Quand le garçon, poussant une exclamation de dégoût, avança vers le chien, la monitrice commença à comprendre ce qui se passait : la communication du jeune homme était tellement imprécise qu'il avait réussi à donner à Shadow pas moins de trois ordres contradictoires, exigeant en même temps qu'il vienne, qu'il s'assoie et qu'il se couche. Cet animal intelligent et plein de bonne volonté avait alors désespérément tenté d'accomplir les trois actions en même temps, avec pour résultat ce comportement bizarre. Les gémissements de Shadow étaient l'expression de son état de tension et d'incertitude. Bien entendu, le véritable problème tenait au fait que Shadow était simplement trop intelligent pour être traité de façon aussi incohérente et maladroite. En exposant quotidiennement un chien intelligent comme celui-là à ce genre de situation on a tôt fait de détériorer sa personnalité et ses performances.
Cette anecdote fut pour moi d'un intérêt particulier car j'avais eu, peu de temps auparavant, la preuve qu'un chien moins intelligent confronté aux mêmes circonstances ne se serait pas forcément senti aussi stressé. Dans ma classe d'obéissance pour débutants, une mère et son fils adolescent dressaient ensemble une paire de bulldogs. La mère se montrait assez ferme avec les chiens, mais le fils, que l'entreprise n'intéressait guère, manquait de précision et donnait souvent ses ordres sous forme de mots multiples (du genre des locutions "allons viens" ou "assis-couché" qui avaient incité Shadow à réagir de façon aussi inventive).
Apparemment les bulldogs conçurent beaucoup moins de stress. Quel que soit le nombre de mots utilisé pour un ordre donné, ils réagissaient systématiquement au dernier mot prononcé. Ainsi, à l'ordre : "Allons viens, assis-couché", ces chiens se seraient contentés d'obéir à "couché" et se seraient couchés. La capacité intellectuelle inférieure de leur race empêchait ces chiens de conserver en mémoire la séquence entière; ils n'avaient donc pas besoin de tenter d'en intégrer les éléments contradictoires. Au lieu de cela, ils appliquaient un principe défini par les psychologues qui implique que l'on tend à mieux se rappeler et à traiter plus facilement l'information la plus récente. Par exemple, quand une personne fatiguée écoute une histoire ou une conversation, elle s'aperçoit souvent que, si elle reconnaît et comprend la dernière phrase prononcée, elle a déjà oublié ou est incapable de traiter le début de la discussion, un peu comme si cette information, livrée plus tôt, n'avait jamais existé. La plupart du temps, c'est à ce niveau que réagissent les chiens moins intelligents. Si cette tendance peut se révéler très frustrante pour qui essaie de dresser un chien à exécuter une séquence complexe de comportements, elle peut être un don du ciel dans un environnement confus, bruyant et chaotique. Le chien moins intelligent perçoit, certes, tout le bruit et la confusion au moment où ils se produisent, mais il ignore tout sauf la stimulation la plus récente. Avec seulement une donnée à la fois à traiter, la vie est moins compliquée et le problème de demandes contradictoires à résoudre ne se pose jamais. Ainsi, le chien est nettement plus heureux, et trouve plus facilement sa place que s'il était plus intelligent.


VIVRE AVEC UN CHIEN MOYENNEMENT INTELLIGENT
Certains chiens moins intelligents posent, certes, des problèmes, mais leurs difficultés découlent souvent du fait qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce que l'on attend d'eux. Pour ces races plus lentes, une classe d'obéissance de base suffit souvent à communiquer au chien l'idée que les sons curieux produits par son maître ont un sens et lui apprendre que réagir correctement à ce sens peut lui valoir des récompenses. Voici le commentaire d'un homme dont la vie avec son bulldog a été changée du tout au tout à partir du jour où il a suivi des classes d'obéissance pour débutants avec son chien : "Avant ces leçons, il se conduisait comme si nous n'existions pas. Il ne réagissait pas du tout à notre présence et poursuivait ses activités comme si nous étions invisibles. À présent, il me regarde quand je parle. Il vient lorsque je l'appelle et s'assoit ou se couche à la demande. Et franchement, vous savez, c'est tout ce que je demande à un chien de compagnie".
Pour bien vivre et travailler avec le moyennement intelligent, il vaut mieux garder plusieurs points importants à l'esprit. (Pour cette discussion, on considérera un chien comme moyennement intelligent s'il est classé au quarante-cinquième rang ou au-delà ou tableau du chapitre 10 pour l'intelligence de travail). Cependant, nombre des recommandations que nous donnons ici auront de l'effet sur tous les chiens qui donnent l'impression d'avoir du mal à comprendre ce qui se passe et ce que l'on attend d'eux.
Dressez-le jeune : commencez le plus tôt possible à apprendre à votre chien pas trop brillant les ordres fondamentaux (viens, assis, couché, au pied, et reste), et en tout cas avant qu'il ait six mois. Chez certaines races, les animaux âgés d'un an ou plus ont déjà perdu de leur souplesse et peuvent être fixés dans leurs habitudes. Cependant, même des races qui tendent à donner des adultes assez indociles (beagles ou boxers par exemple) réagissent bien à un dressage précoce et se laissent facilement civiliser dans leur première jeunesse.
Autre raison de dresser jeune même les races plus intelligentes : il est facile de corriger un chiot sans recourir à des mesures sévères. On peut doucement forcer un chiot à adopter la position "assis" ou "couché" en manipulant physiquement ses pattes et son corps, tandis que le même geste peut demander une force considérable si vous avez affaire à un akita ou bullmastiff adulte pesant plus de quarante-cinq kilos. De plus, de nombreuses races interprètent la force brute comme de l'agressivité; et certaines races peuvent réagir en se montrant elles-mêmes agressives. Le dressage précoce, mené d'une main ferme mais sans dureté, permet parfois d'éviter ce problème. Plus le chien sera grand adulte, plus vous devez le dresser jeune à obéir aux ordres de base viens, couché, et reste.
Soyez cohérent : montrez-vous aussi cohérent que possible, et utilisez tout le temps exactement les mêmes mots ou signes. Vous trouverez utile aussi de toujours adopter la même intonation. Par ailleurs votre tâche sera facilitée si vous dressez le chien au même endroit et à peu près à la même heure chaque jour jusqu'à ce que les ordres soient bien fixés dans sa mémoire.
Les chiens aiment ce qui est prévisible. Si chez vous les événements surviennent régulièrement et les horaires sont relativement fixés, vous bénéficiez d'un environnement où la plupart des chiens s'épanouiront. La régularité et la cohérence sont particulièrement utiles au chien un peu moins brillant mais profitent aussi aux animaux plus soumis et moins assurés.
Soyez explicite : à chaque fois que vous adressez la parole à un chien, avant de lui donner un ordre quel qu'il soit, commencez toujours par dire son nom. Vous lui apprendrez ainsi à faire attention à vous et le préviendrez par la même occasion que l'information qui suit le concerne. L'habitude de recourir à un ordre vocal associé à un geste de la main est particulièrement utile car elle donne une double chance de saisir l'ordre et d'y répondre.
Commencez doucement : démarrez tout dressage dans un environnement calme et où les distractions sont rares. Cela contribuera à concentrer l'attention du chien sur vous. Par la suite, quand le chien a assimilé les bases, le dressage peut se dérouler dans un environnement plus bruyant et fréquenté.
Commencez rapproché : au début, tenez-vous toujours suffisamment près de votre chien pour pouvoir le corriger aussitôt. Même après qu'il aura commencé à assimiler les bases, tenez-le en laisse durant le dressage pour garder un contact physique et pouvoir exercer sur lui un contrôle direct. Par la suite, vous pourrez augmenter la distance qui vous sépare du chien, et éventuellement retirer la laisse.
Veillez à ce que les séances restent courtes : pour vous comme pour votre chien, il vaut mieux vous en tenir à des séances de dressage courtes. Votre chien réagira bien mieux à plusieurs séances courtes, avec des pauses entre chacune, qu'à une seule longue séance. Par ailleurs, pour certaines races plus actives, notamment les chiens courants, on a intérêt à bien les faire courir ou prendre de l'exercice avant le début de la séance.
Soyez patient : pendant le dressage d'un chien à l'esprit plutôt lent, il est très important de se montrer patient : il faut beaucoup de patience pour persévérer alors que la dame au caniche commence à en avoir assez de faire répéter un ordre à son chien qui le réalise déjà parfaitement et que vous attendez toujours que le vôtre manifeste ne serait-ce qu'une vague lueur de compréhension! Gardez simplement à l'esprit que la répétition, la pratique et la patience portent leurs fruits et qu'en fin de compte vous aurez, vous aussi, un chien sur qui vous pourrez compter tout autant que s'il appartenait à l'une des races plus faciles à dresser. Il existe un proverbe parmi les dresseurs de chiens : "Pour qu'un chien soit tendu, il suffit que son maître le soit". Quand son maître se tend, le chien s'interroge sur ce qui a pu le bouleverser au lieu de se concentrer sur ce qu'il est censé apprendre.
Entraînez-le : des répétitions sous forme de séances pour se rafraîchir la mémoire se révéleront peut-être nécessaires tout au long de la vie du moyennement intelligent. Nul besoin de séances de dressage à proprement parler mais plutôt de rappels ponctuels lorsque le chien n'a pas obéi à un ordre. Passez-lui sa laisse, et donnez-lui une ou deux leçons avec beaucoup de félicitations s'il réagit correctement, ou en le corrigeant fermement, mais san hargne, si sa performance est médiocre. Ensuite, retirez le collier et poursuivez vos activiés quotidiennes. En procédant ainsi, les ordres fondamentaux feront de cette manière partie intégrante de la vie de votre chien et quelles que soient ses dispositions intellectuelles innées, vous pourrez compter sur lui pour réagir d'une certaine façon. Ces cours complémentaires, avec récompenses à foison en cas de bonne performance, servent aussi à renforcer dans l'esprit du chien l'idée qu'il y a quelque chose à gagner à se conformer à vos ordres.
Soyez souple : tenez compte de la conformation physique de votre chien. Un basset ne pourra jamais réagir aussi vite ni avec la même précision qu'un border colley, non pas parce qu'il ne sait pas ce qu'il est censé faire ou par manque de volonté, mais simplement parce que sa forme particulière ne lui permet pas de se déplacer plus vite. Soyez ferme : un des grands problèmes que rencontrent les gens lorsqu'ils dressent les chiens vient du fait que ceux-ci sont souvent très mignons. Faire preuve de fermeté avec un carlin ou un pékinois n'est guère facile tant il paraît attendrissant et tellement désarmé. Pourtant, il est impératif que tous vos ordres soient respectés, particulièrement lors des premières étapes du dressage. Si le chien n'obéit pas à un ordre que vous savez qu'il connaît, vous devez l'obliger à le faire. Il faut le reprendre avec fermeté et le contraindre physiquement à accomplir ce que vous demandez. Sans jamais vous montrer dur ou agressif, veillez juste à ce que le chien finisse toujours par se conformer à votre demande. Ces races plus difficiles doivent comprendre que chaque ordre ne prend fin que lorsque l'action demandée est accomplie.
Faites en sorte que l'obéissance soit gratifiante : peu importe comment un chien a fini par obéir à un ordre - que ce soit de lui-même ou sous votre contrainte -, aussitôt qu'il a fait la chose demandée, félicitez-le. Après tout, l'ordre donné est exécuté. Même après que le chien aura bien assimilé les ordres, n'oubliez pas de le féliciter de temps à autre, ne serait-ce que pour vous assurer que les comportements restent bien ancrés.
Quand vous félicitez le chien, ne lésinez pas sur les compliments. Si vous vous sentez ridicule et avez l'impression de manquer de sincérité lorsque vous dites : "Quel bon chien!" ou : "Quelle chienne épatante" en frottant la tête ou la poitrine du chien, votre chien, lui, vous trouve divin! Pour les races plus difficiles, ce sont souvent les récompenses alimentaires qui fonctionnent le mieux. Quelques biscuits pour chien au fond de votre poche vous procureront un flot continu de friandises destinées au dressage ou simplement à servir de récompenses lorsque le chien réagit bien dans le courant normal de ses activités.


VIVRE AVEC UN CHIEN INTELLIGENT
Fait étonnant, les chiens intelligents (classés du premier au trentième rang dans le tableau consacré à l'intelligence de travail) exigent davantage de dressage encore que les races moins vives d'esprit. Sans dressage, ces chiens deviennent par trop difficiles à manoeuvrer. La plupart des recommandations données pour les chiens d'intelligence inférieure tiennent également pour les chiens plus brillants; cependant, des précautions particulières s'imposent pour ces animaux très doués.
Dressez-les tôt et continuellement : comme chez les chiens moins brillants, un dressage précoce, au moins pour l'apprentissage des ordres de base, est souhaitable. Plus la race est intelligente, plus longtemps l'animal sera réceptif au dressage. Ainsi perfectionner le dressage d'un boxer peut se révéler difficile après l'âge de un ou deux ans, alors qu'un berger allemand ou un caniche manifesteront une grande aptitude au dressage tout au long de leur vie. Et là où un chien à l'esprit lent gardera raisonnablement intactes pendant le restant de son existence les habitudes tôt acquises, le chien plus intelligent tendra, lui, à prendre de nouvelles habitudes et à les associer avec celles qu'il a apprises auparavant. Cela signifie que si vous vous laissez aller dans votre attitude vis-à-vis de votre chien, si vous cessez d'insister pour que tous vos ordres soient obéis, le chien plus vif d'esprit comprendra que les conditions ont changé et que les anciennes règles ne s'appliquent plus. Vous devez, par conséquent, traiter chaque ordre que vous donnez au chien plus doué comme s'il faisait partie d'une séance d'apprentissage. Si le chien ne réagit pas adéquatement, reprenez-le, puis félicitez-le. Ayez toujours présent à l'esprit l'enchaînement "ordonner, corriger, féliciter". Le chien peut éviter la correction en réagissant comme il faut, mais il aura toujours droit aux félicitations à la fin.
S'il est conseillé de commencer le dressage lorsque le chien est le plus jeune possible, ne hâtez pas trop les choses. Assurez-vous toujours que le chien ait bien compris ce que vous lui avez appris en révisant les leçons précédentes. Une fois que le chien connaît tous les ordres de base, il a "appris à apprendre". Profitez de cet état de choses pour commencer à lui enseigner des ordres nouveaux. Ceux-ci peuvent même être des tours de chien savant (mendier, faire des roulades ou le mort, prier, aboyer à la demande, etc.). Le chien plus intelligent doit bien comprendre qu'il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre et que vous saurez le récompenser s'il y parvient. Grâce à cela, son attention restera fixée sur vous et son esprit sera toujours alerte.
Ces chiens ne devraient jamais rien obtenir sans l'avoir mérité. Même si vous avez simplement envie de cajoler votre chien, demandez-lui de venir s'asseoir devant vous avant de le caresser ou de le laisser jouer avec vous. En vous y prenant de cette manière, vous rappellerez sans cesse au chien que réagir à des sons et à des signaux produits par l'homme est un moyen beaucoup plus sûr d'obtenir une récompense qu'en se fondant sur les associations fortuites produites dans le courant des activités quotidiennes.
Tout au long du dressage, montrez-vous cohérent dans vos ordres et vos exigences. Les chiens plus intelligents considèrent les divers ordres comme autant de problèmes ou de puzzles auxquels il s'agit de fournir une solution et prennent plaisir à trouver la réponse qui leur vaudra félicitations et attention. Ne changez pas les règles : vous leur feriez perdre ainsi tout le plaisir du jeu.
Contrôlez vos émotions : les chiens plus intelligents sont plus sensibles aux changements d'humeur de leur maître que ne le sont les animaux moins vifs. C'est pourquoi vous devez prendre conscience de vos émotions et les contrôler en présence d'un chien intelligent. N'exprimez jamais directement votre colère contre le chien. Il identifiera cette émotion et pourra présenter une réaction d'agression-défense. Même s'il ne le fait pas, il se rappellera votre manifestation d'humeur et ce souvenir peut affaiblir l'attachement qu'il éprouve à votre égard. Bien entendu, il importe aussi de ne jamais faire mal physiquement au chien quand vous le reprenez. Tâchez de comprendre comment le fait de corriger votre chien pourrait le faire souffrir et évitez de le faire par inadvertance. Par exemple, lorsque vous dressez un chien avec de longues oreilles pendantes, assurrez-vous que, lorsque vous le reprenez, ses oreilles ne s'accrochent pas à la laisse ou dans le collier.
Devant un de ces chiens, ne montrez jamais que vous avez peur. Dobermans, bergers allemands, rottweiler, caniches et autres chiens intelligents savent reconnaître la peur aussi facilement que la colère et sont assez vifs d'esprit et certains assez imposants à la fois pour tourner ce sentiment à leur avantage. Ils deviennent alors têtus et difficilement maniables, et peuvent même remettre en cause l'autorité que vous exercez sur eux. Même si le fait de vous occuper d'un grand chien vous rend nerveux, vous devez vous montrer cohérent et insistant. Faites respecter tous vos ordres, fermement mais sans jamais les malmener. Une tactique pour éviter ces problèmes consiste à leur enseigner les ordres couché et reste couché quand ils sont encore petits. La position couchée marquant, comme nous l'avons signalé plus haut, la soumission dans l'esprit du chien, dès lors qu'il est couché, il vous reconnaît en tant que chef de sa meute.
En revanche, une émotion que vous n'aurez jamais à contrôler c'est la joie ou le plaisir. Quand vous félicitez votre chien, soyez démonstratif et chaleureux. C'est la meilleure façon d'exercer un contrôle sur la plupart des chiens. Observez attentivement le comportement du chien : un chien d'intelligence supérieure devrait réagir vite à tous les ordres. Évidemment, un terre-neuve se déplacera plus lentement qu'un caniche nain, mais aussitôt que votre chien a appris une tâche, il doit se déplacer aussi vite que le lui autorisent sa taille et sa corpulence. Les chiens plus vifs d'esprit doivent être encouragés à se déplacer rapidement et être repris s'ils présentent des réactions lentes exactement comme s'ils n'avaient pas obéi du tout. Chez un chien intelligent, une réaction lente correspond souvent à une tentative de voir jusqu'où il peut aller. N'oubliez pas de toujours faire suivre une correction de félicitations.
Un piège dans lequel on tombe facilement est la tendance à trop exiger de la part du chien plus intelligent. Assurez-vous que votre chien a bien assimilé une tâche avant de le corriger parce qu'il n'a pas bien réagi. Pousser un de ces chiens trop loin, trop vite peut provoquer chez lui un stress important et lui faire perdre sa motivation à apprendre.
Ne le dressez pas trop : un chien est capable d'apprendre un grand nombre de tâche et il faut chercher à lui en enseigner le plus possible. Évitez cependant de trop insister pour dresser votre chien à une tâche particulière. Les répétitions qui sont nécessaires pour maintenir actives et alertes les races moins intelligentes lassent vite les chiens plus doués. Laissez passer des périodes de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, au cours desquelles vous ne faites répéter à votre chien aucun des ordres qu'il a déjà appris. Pendant ce temps, vous pouvez lui apprendre de nouvelles choses, mais sans passer en revue les ordres et exercices anciens.
Procurez-lui une stimulation adéquate : un chien de travail doué est un plaisir à vivre, mais il lui faut un certain niveau de stimulation mentale. Le dressage la lui apporte jusqu'à un certain point, mais il faut veiller à lui procurer d'autres distractions. De l'exercice, des promenades dans des endroits qu'il connaît mal offrant des possibilités d'exploration, de nouvelles têtes, ou même le fait de s'attacher à vos pas quand vous vaquez à vos occupations ou à vos courses, tout cela contribuera à entretenir sa vivacité d'esprit et à le divertir. Si votre chien appartient à une race réputée intelligente et qu'il manifeste des troubles du comportement, demandez-vous si par hasard il ne s'ennuie pas. S'il creuse des trous, mordille, saute ou cherche à s'échapper de la maison, cela pourrait être parce que toutes ces activités sont plus intéressantes que de rester couché toute la journée à attendre votre retour.
En revanche, certaines races intelligentes actives, les groenendaels ou les tervueren, par exemple, sont facilement stimulées à l'excès. Ils deviennent alors tellement excités qu'ils ne peuvent plus se concentrer sur le dressage. Pour ces chiens, les séances d'entraînement doivent donc se dérouler dans un environnement calme et familier. Cependant, une fois la séance terminée, il leur faut, pour rester heureux, des stimulations nouvelles et excitantes.

VARIATIONS D'INTELLIGENCE AU FIL DE L'EXISTENCE
Des mesures effectuées par électro-encéphalographie montrent qu'avant l'âge de cinq semaines le cerveau du chiot est encore immature dans sa réactivité électrique. Passé l'âge de sept semaines environ, peu d'éléments distinguent les réactions du cerveau d'un chiot de celui d'un animal adulte. Cela pourrait donner à penser qu'un chien de cet âge possède suffisamment de circuits cérébraux pour pouvoir manifester toute son intelligence fluide et que sa capacité d'assimilation de nouvelles données fonctionne à plein. Pourtant, ce n'est pas tout à fait le cas.
Les chiens et les humains se ressemblent en fait beaucoup par la manière dont leur intelligence évolue au long de leur vie. Chez les êtres humains, l'intelligence manifeste augmente rapidement entre la petite enfance et le milieu de l'adolescence, atteignant sans doute un sommet vers dix-huit-dix-neuf ans. Les mesures montrent qu'entre l'âge de quinze et de vingt-cinq ans, les changements sont négligeables dans ce domaine. Après cela, on assiste à un déclin lent et progressif de l'intelligence fluide. L'intelligence cristallisée, quant à elle, fondée sur les connaissances qu'un individu a acquises, n'atteint pas son point culminant chez les êtres humains avant la quarantaine. Chez certains, cet aspect de l'intelligence augmente tout au long de la vie. Le même schéma vaut pour les chiens, si ce n'est que les périodes sont moins longues. L'intelligence manifeste des chiens augmente jusque vers trois-quatre ans. Ensuite, leur intelligence fluide commence à décliner.
On constate des changements importants dans la physiologie du chien plus âgé. Après quatre ou cinq ans, le cerveau perd du poids et de la masse au rythme de deux à cinq pour cent par an. Ainsi, le cerveau d'un labrador de douze ans peut peser jusqu'à vingt-cinq pour cent de moins que lorsqu'il avait quatre ans. Cette diminution de la masse du cerveau est due en grande partie à la perte d'un certain nombre d'inter-connexions entre les cellules du cerveau, et pourrait aussi refléter dans une certaine mesure la dégradation des cellules du cerveau et la diminution de leur taille. La perte de ces inter-connexions neurales marque un ralentissement du déplacement des informations d'un point à l'autre du système nerveux. Le labrador retriever de quatre ans envoie à son cerveau des informations provenant de ses yeux et de ses oreilles à une vitesse d'environ trois cent soixante kilomètres à l'heure; chez un labrador de douze ans, ce chiffre peut passer à quatre-vingts kilomètres à l'heure environ.
D'autres changements se produisent également : le flux sanguin vers le cerveau diminue, or cet organe utilise, dans l'idéal, environ vingt pour cent du flux sanguin en provenance du coeur. Le taux du métabolisme d'oxygène diminue aussi. Les cellules du cerveau consomment de l'oxygène pendant l'activité neurale; seuls les muscles en consomment plus.
Le système sensoriel est affecté lui aussi. L'audition se détériore, surtout dans les aigus. Certaines races, retrievers ou différentes variétés de chiens de berger, tendent à devenir complètement sourdes. On constate aussi une perte de vision consécutive à la détérioration des cellules réceptives de l'oeil et au fait que la lentille et la cornée se voilent. À cause de cette perte d'acuité auditive et visuelle, il arrive que les chiens âgés, ne remarquant pas l'approche de quelqu'un, réagissent avec irritation lorsqu'ils se sentent touchés. Le goût, plus particulièrement la faculté de discerner le salé et le sucré, s'émousse également. De tous les sens, le flair semble être celui qui résiste le mieux aux changements dus à l'âge, mais à la longue il finit pas baisser, lui aussi.
L'âge auquel ces changements commencent à se produire visiblement est plus ou moins lié au patrimoine génétique du chien. En général, les chiens de petite taille vivent plus longtemps et manifestent plus tard les premiers signes de vieillissement. Ainsi, les effets de l'âge n'apparaissent pas chez les petits chiens d'environ dix kilos avant l'âge de onze ans et demi environ, tandis qu'ils sont visibles chez les chiens de taille moyenne, pesant de dix à ving-cinq kilos en moyenne, autour de dix ans. Les grands chiens, pesant vingt-cinq à quarante kilos, commencent à montrer les effets de l'âge vers neuf ans et chez ceux des races géantes, pesant plus de quarant kilos, le vieillissement est discernable dès sept ans et demi. Un chien vit en moyenne deux ans environ après la première apparition de ces changements. Pa exemple, un cairn terrier, avec ses six-sept kilos de poids, peut espérer vivre en général entre treize et quatorze ans. Un caniche nain, par contre, qui pèse pourtant sensiblement le même poids, a une espérance de vie de quinze à seize ans et celle d'un cavalier king Charles n'est que de onze à douze ans.
Tous ces changements conduisent à une réduction de l'intelligence manifeste du chien âgé. Le chien se met à moins bien obéir aux ordres. Il réagit plus lentement et donne parfois l'impression d'avoir complètement oublié certaines choses. Par ailleurs, comme on peut s'y attendre, il devient plus difficile de lui apprendre des choses nouvelles.
On peut, jusqu'à un certain point, prémunir son chien contre l'âge. La première méthode, et la plus simple, consiste à lui apprendre tous les ordres de base en se servant à la fois de signaux vocaux et gestuels. Ainsi si la vue ou l'audition de l'animal baissent, vous pourrez toujours vous rabattre sur l'autre signal. Cette précaution contribue largement à rendre la vieillesse plus confortable. Une monitrice de notre club, Barbara Merkley, possédait un merveilleux vieux berger de Shetland femelle nommé Noël. À treize ans, Noël participa à une compétition d'obéissance pour vétérans, travaillant bien et paraissant prendre un grand plaisir à être revenue sur la piste des concours. Aucun des spectateurs qui ne la connaissaient pas n'aurait pu se douter que la chienne était complètement sourde depuis un an déjà. Barbara s'était contentée d'utiliser les signaux manuels que le chien avait appris en même temps que les ordre oraux. Grâce à sa prévoyance, Noël connut la fierté de quitter la piste en tenant délicatement entre ses dents une cocarde rose... Elle avait alors l'équivalent canin de quatre-vingt-dix ans.
La seconde méthode pour prémunir le chien contre l'âge passe par l'apprentissage précoce et la répétition. Les chiens, en vieillissant, réagissent sensiblement comme les hommes : leurs souvenirs les plus présents tendent à être ceux de leur jeunesse, et leur comportement à se rapprocher de celui d'un chiot. De sorte qu'un chien à qui on a enseigné les ordres fondamentaux de l'obéissance suffisamment tôt dans la vie réagira peut-être un peu plus lentement au fur et à mesure qu'il vieillit, mais continuera à obéir. Cependant, on assiste parfois à certains changements. Par exemple, on m'a cité le cas d'une vieille golden retriever qui avait toujours été suffisamment facile à contrôler pour pouvoir marcher sans laisse à côté de son maître. Pendant la dernière année de sa vie, elle paraissait plus assurée et plus détendue lorsqu'elle était tenue en laisse, comme à l'époque où elle avait commencé à apprendre à marcher au pied.
La répétition est utile aussi au chien plus âgé. À partir du moment où le chien s'est fixé un schéma régulier d'activités quotidiennes, il s'y tiendra tout au long de ses dernières années. La simple répétition et le déroulement de comportements familiers permettent au chien de continuer à trouver sa place dans le fonctionnement normal du foyer et tendent à lui procurer à la fois sécurité et sentiment de confort.
Les chiens peuvent continuer à apprendre quand ils sont plus âgés. Cela demande juste beaucoup plus de temps et de patience. Si vous avez établi un bon rapport avec votre chien, le dressage est possible à tout âge, en s'appuyant sur quelques-unes des techniques que j'ai signalées pour les chiens plus lents. Récemment, j'ai vu un cairn terrier nommé Whistler obtenir son premier prix d'obéissance à l'âge de douze ans. Son dressage n'avait commencé que l'année précédente. Whistler est sorti de la piste en remuant la queue aussi rapidement que l'aurait fait n'importe quel jeune chien satisfait de lui-même, et son maître ne paraissait pas moins fier que lui.

SHOTGUN
Un vieux chien reste toujours ce chiot que vous avez dressé dans le temps. Loin d'être indifférent, il reste toujours très attaché aux choses, il manque simplement de vigueur et commence à montrer des signes d'"usure". Pour illustrer ce point, laissez-moi vous raconter l'histoire de Shotgun.
Shotgun était un grand labrador retriever couleur chocolat. À l'époque où il vivait sur la côte Est, Fred, son maître, avait toujours aimé chasser le gibier d'eau. Quand il partit s'installer à l'ouest du Canada dans la Colombie-Britannique aux magnifiques paysages, il décida d'acquérir un chien de fusil et de se remettre à la chasse pour occuper ses loisirs automnaux. Mais les circonstances en décidèrent autrement : Shotgun avait à peine sept moins quand les obligations professionnelles obligèrent Fred à se réinstaller en ville. Peu de temps après, Fred se maria, et lorsque Shotgun eut environ deux ans, Melissa, le premier enfant de Fred et de Clara, naquit. Le sort voulut que ce chien ne fût jamais dressé pour la chasse. Shotgun devint chien citadin et animal familier. Il prit les habitudes de la vie urbaine et vit la famille s'agrandir de deux fils en deux ans, Steven et Daniel. Si Shotgun ne fut jamais dressé pour la chasse, il suivit malgré tout un cours d'obéissance pour débutants où il assimila tous les ordres de base. Son "travail" consistait esentiellement à servir de compagnon de jeu aux enfants et de compagnon tout court à Fred et Clara. Chien de garde toujours vigilant, il donnait par ailleurs l'alarme au moindre bruit nouveau ou suspect ou lorsque se produisait tout autre événement anormal autour de la maison.
Le temps passa. Shotgun avait onze ans, un âge avancé pour un labrador retriever. Il se déplaçait plus lentement et avait renoncé à grimper sur le sofa. S'il semblait se satisfaire de passer plus d'heures qu'autrefois à dormir, il se laissait toujours tenter par des jeux brefs mais joyeux avec les enfants dont il estimait qu'ils étaient spécialement confiés à sa charge. Il courait plus lentement, ne sautait plus très haut lorsqu'il poursuivait une balle ou un frisbee, et se fatiguait un peu plus facilement qu'autrefois. Il devenait plus dur d'oreille et réagissait moins vite et un peu moins sûrement aux ordres qu'il avait appris tant d'années auparavant. Mais par bien des côtés, il n'avait pas changé. Il savait quand l'heure avait sonné d'aller se promener et se postait, plein d'espoir, devant la porte d'entrée chaque après-midi à partir de trois heures pour attendre le retour des enfants de l'école. Il continuait à dormir la nuit au milieu du salon et persévérait dans son ancienne habitude d'effectuer une ronde dans toute la maison à peu près toutes les heures, passant le nez dans les chambre de chacun des enfants, puis jetant un coup d'oeil chez Fred et Clara avant de retourner à son poste central, au salon.
Une nuit d'été, Shotgun se réveilla avec l'impression que, décidément, quelque chose clochait. La maison était pleine de fumée, et si les fenêtres et les portes intérieures n'avaient pas été ouvertes, toute la maison aurait déjà été envahie par les fumées nocives de matières enflammées. Le chien se mit à aboyer furieusement pour alerter la maisonnée. Sans résultat. En courant aussi vite que le lui permettaient ses membres perclus d'arthrite, il pénétra dans la chambre de Fred et Clara. Ses aboiements ne produisant toujours aucun effet, le chien se hissa péniblement sur le lit, posa ses pattes de devant sur la poitrine de Fred et se remit à aboyer. Fred finit par se réveiller, stupéfait, bafouillant, puis se ressaisit rapidement et réveilla Clara. Fred et Clara se précipitèrent alors dans les chambres des deux petits garçons, chacun en attrapa un, et ils traversèrent la maison qui, entre-temps, s'était remplie de flammes. Tous deux appelèrent Melissa, leur aînée qui avait neuf ans, pensant qu'avec le bruit et l'agitation qui régnaient, elle se lèverait et sortirait de sa chambre à coucher située à l'arrière de la maison. Arrivés sur la pelouse, ils jetèrent un coup d'oeil derrière eux pour voir que la maison était presque entièrement envahie de flammes. Les camions de pompiers arrivaient mais Melissa n'apparaissait toujours pas. Fred tenta de retourner à toute allure dans la maison, mais la chaleur et les flammes étaient trop fortes pour ses pieds nus et il fut obligé de battre en retraite.
Shotgun, lui, était toujours dans la maison. Quelque part dans sa bonne vieille tête avait-il pensé à compter et s'était-il aperçu qu'un de ses enfants manquait à l'appel? Toujours est-il qu'il rentra d'un pas pesant dans la chambre de Melissa et la trouva entouré de fumée, debout, déconcertée et en larmes Shotgun aboya et se dirigea vers la porte, mais Melissa ne comprit pas ou fut trop hébétée pour le suivre. Il attrapa alors doucement la manche en dentelle de sa chemise de nuit et se mit à la tirer vers la porte. Le côté avant de la maison étant devenu complètement impraticable, le vieux chien se retourna et, mi-traînant, mi-guidant la fillette effrayée, la mena vers la porte à l'arrière. Lorsqu'ils se retrouvèrent devant la porte-moustiquaire fermée par un simple crochet, les flammes s'élançaient autour d'eux. S'il avait été plus jeune et plus agile, Shotgun aurait peut-être réussi à écarter le grillage en poussant dessus, mais à ce moment-là, l'obstacle dut lui paraître insurmontable. Melissa, toujours trop confuse pour aider, restait debout sans rien faire. Shotgun lâcha sa manche un instant et se dressa sur ses membres postérieurs. Puis il poussa sur le crochet de la porte-moustiquaire pour l'ouvrir, technique qui lui avait valu une sévère réprimande bien des années auparavant, lorsque, jeune chien, il y avait eu recours pour ouvrir la même porte dans l'intention de réagir aux harcèlements d'un fox-terrier qui avait trouvé le moyen de pénétrer dans la cour et avait pris l'habitude de creuser des trous dans le potager.
Shotgun avait perdu sa précision d'antan : lorsqu'il poussa son museau contre le crochet, celui-ci lui déchira la truffe. Il persista pourtant, et le crochet finit par se lever du piton, permettant à la porte de s'ouvrir brutalement. Shotgun saisit à nouveau Melissa par la manche, l'entraîna jusqu'au milieu de la cour. Alors seulement il la lâcha et se consacra à la tâche de lécher ses pattes brûlées. Quelques instants plus tard, les pompiers arrivèrent et trouvèrent Melissa, sanglotant silencieusement, les bras passés autour du cou de Shogun dont elle caressait le museau ensanglanté, là où le crochet de la porte-moustiquaire l'avait coupé.
Shotgun était âgé, ralenti, et moins efficace que par le passé. Pourtant il demeurait toujours le protecteur autoproclamé du foyer, et son intelligence et son aptitude à résoudre les problèmes restaient entièrement dédiées à la sécurité et au bien-être de ses maîtres. "Vieux" n'est certainement pas synonyme d'"incapable", "inutile" ou "fini". Cette nuit-là, Shotgun a manifesté une grande intelligence : il a compris que quelque chose n'allait pas, trouvé une solution au problème de réveiller et d'alerter ses maîtres endormis. Il a réalisé qu'un enfant manquait et il a découvert une solution au dilemme de le faire sortir de la maison. Devant la difficulté de la porte d'entrée bloquée par les flammes, il a inventé une solution de rechange, puis, confronté à la porte fermée par le crochet, il a résolu le dernier problème qui se dressait entre eux et leur salut. Les cinq êtres humains constistuant sa meute, sa famille, ses maîtres, doivent tous la vie à ce vieux cerveau, à son traitement de l'information et à sa capacité de résoudre les problèmes.
Référence(Stanley Coren,psychologue,dresseur et ami déclaré des chiens)







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